Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie du Jeudi Saint 2018

" Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année (Ex 12, 2). Ce jour-là (le jour de Pâque) sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez (Ex 12, 13.14). "
Avec ces paroles, nous comprenons que Pâque est une Fête de commencement, de recommencement. L’année commence avec une fête qui célèbre la délivrance, la libération.
Une fête qui est annoncée alors que le peuple est encore en Egypte, toujours dans une situation de dépendance, d’esclavage.
C’est un discours, une parole du Seigneur à Moïse et Aaron, deux frères au destin mêlé qui connaîtront des heurts violents, qui n’ont pas la même ampleur et le même charisme, encore moins la même vocation. Mais c’est à tous deux que le Seigneur s’adresse pour parler avant tout de dates, de calendrier… Le mois où vous allez expérimenter la sortie d’Egypte, la défaite de vos ennemis, l’arrivée à une oasis asséchée où vos rêves d’eau vont disparaître comme un mirage douloureux à vos gosiers et à vos esprits, la mise à l’épreuve de Dieu et le doute lancinant sur Sa présence ou Son absence, où vous allez connaître la faim puis l’arrivée d’une nourriture inconnue qui va remplir tout à la fois vos estomacs, vos esprits et vos âmes, où vous allez défier le Seigneur car on ne sait pas vraiment si on peut lui faire vraiment confiance ; où votre arrière-garde va être attaquée, à l’endroit de vos faiblesses ; tout cela, ce sera votre premier mois de l’année. Ce premier mois est tellement dense en événements, que l’on dirait la vie d’un homme en condensé : ces relations fraternelles si difficiles parfois ; ces dépendances qui nous gouvernent comme l’écrivait si justement Boris Cyrulnik évoquant nos Egypte contemporaines : jeux d’argent, pornographie, écrans à outrance, tabac, alcool, produits de synthèse ou excitants ; ces conflits de voisinage ; ces victoires contre nous-mêmes et nos ennemis intérieurs, contre nos ennemis extérieurs comme un cancer ou le triomphe de la vérité dans un procès ; ces espoirs de victoire évanouis, ce poste miroité en vain ; ces questions sur Dieu que l’on se pose sans chercher vraiment à les approfondir en entrant dans une relation personnelle avec Lui mais en restant au contraire à l’extérieur et en parlant sans cesse de Lui à la troisième personne ; ces nuits où l’on ne trouve pas le sommeil car on essaie de monter des combines pour rembourser tel prêt financier, cette alimentation qui doit changer à une certaine date du mois car les réserves sont vides ; cette faim de Dieu, d’un sens à ma vie ; ces échecs amoureux, professionnels, familiaux ; cette violence au nom de Dieu qui frappe un peu partout de façon terrifiante mais aussi celle qui cherche à effacer Dieu de la société humaine de façon plus pernicieuse… Tout ce qui fait nos vies entre ombres et lumières, c’est au milieu de tout ça qu’un homme se lève et donne sa vie pour sauver son prochain qui était écrasé sous le fardeau de l’existence.
Il ne se résigne pas à subir la vie. Il ne reste pas assis à table à se faire servir. Il se lève, annonce déjà de Sa résurrection. Il ne fait pas de grandes choses, des projets compliqués. Il pose un geste très simple envers celui qui est le plus proche de Lui. Il s’abaisse devant lui car sinon le risque est grand que le disciple se sente pris de haut. Il se met à le laver, à le purifier.

C’est une image du baptême. Saint Jean utilise deux verbes différents λουω et νιπτω. Le premier renvoie aux actes de purification effectués avant de rencontrer Dieu dans le Temple. Ce verbe qui va être repris par des auteurs chrétiens pour désigner le baptême (Heb 10, 22). Il annonce que le bain qui va nous laver ne sera pas fait avec de l’eau, mais avec le sang versé de Jésus, Sa vie donnée librement et amoureusement pour que la mort n’ait pas le dernier mot. Désormais, avec la résurrection, elle n’est plus qu’une étape, un passage. Le second renvoie à l’hospitalité d’Abraham vis-à-vis de Dieu au chêne de Mambré (Gn 18, 4). Le geste de laver les pieds d’invités était une grande marque de respect, une invitation à se sentir à l’aise, chez soi, bien accueilli. Juste après cette invitation, Abraham prépara un repas pour les trois visiteurs si bien décrits sur l’icône de Roublev.

En cette nuit, Jésus renverse les rôles. Ce n’est plus l’homme Abraham qui invite Dieu à son repas, c’est Lui qui nous y invite. Puissions-nous être des hôtes agréables et reconnaissants et pas des gens sans gêne qui méprisent ce qui leur est offert !

Chers enfants, chers jeunes, retenez bien ces trois points :
1. Pâques que nous fêtons chaque année nous permet de repartir, de recommencer quelque chose de nouveau.
2. Cela est possible si nous accueillons le chemin et l’exemple de Jésus qui s’est levé de table et qui a servi Ses amis jusque dans le geste de l’esclave, celui du lavement des pieds.
3. La simplicité de la messe, sa répétition est un moyen extraordinaire non pas d’aller à Dieu mais de Le laisser venir à moi. Comme Pierre, dans la demande de pardon, je peux demander à Jésus qu’Il me purifie tout mon être. Comme les disciples, je peux accueillir Celui qui se donne en nourriture pour faire grandir en moi la vie.