Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie du dimanche 15 juillet 2018

Les cloches de Carquefou ont fait parler d’elles. Elles ont été baptisées et bénies pour attirer notre attention, celle de tous les habitants de notre commune, et pour nous faire passer un message de la part de Celui qui nous invite dimanche après dimanche à Le rencontrer, à L’accueillir. Pourquoi faire sonner les cloches dans un moment comme ça ? C’est la parole de saint Paul aux chrétiens de Rome qui m’y a poussé : Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent (Rm 12, 5). Notre pays connaît un événement heureux, qui, à sa mesure, apporte une certaine joie, il est donc juste que l’Eglise s’y associe.
Sans doute, certains trouvent que l’on en fait trop avec la coupe du monde et qu’elle est bien utile pour éluder, cacher d’autres problèmes bien plus graves. Ils ont raison. Ne soyons pas dupes des décisions politiques qui peuvent être prises pendant que notre attention est retenue ailleurs, par exemple. Ne laissons pas de côté le drame du mini-Calais qui se met en place en plein centre-ville de Nantes. Ne laissons pas les temps de fête et de repos que nous offrent les vacances devenir des manifestations éclatantes de notre égoïsme. Mais pour autant, sachons aussi faire la fête quand il est temps de la faire. Il y a un temps pour tout dit l’Ecclésiaste (Qo 3, 15).

Mère Teresa dans un très beau texte sur la vie humaine décrite tour à tour comme un défi, une aventure, un combat, un devoir ou un rêve, relève également que la vie est un jeu à jouer. Lorsque le sport ne se laisse pas dominer par des enjeux économiques, politiques ou idéologiques, il incarne bien cette dimension de jeu.

On parle beaucoup ces derniers temps de douze hommes qui ont été choisis, envoyés sur un terrain de jeu, loin de chez eux avec une mission spécifique : gagner. Ce matin, l’évangile nous évoque également douze hommes choisis, appelés et envoyés en mission également pour gagner. Mais l’adversité n’est pas la même.

Il y a un certain nombre de points communs entre la pratique du sport, surtout collectif, et la vie spirituelle et ecclésiale que les lectures d’aujourd’hui peuvent éclairer.
On est appelé ; ce n’est pas chacun qui choisit sa sélection. Il y a un responsable qui cherche à créer une dynamique positive en assemblant des binômes, des trinômes au service de la vie. Parfois, on se demande si l’on est vraiment à sa place ; d’autres fois, ce sont les autres qui estiment que l’on n’a pas sa place et qu’il nous faudrait rentrer à la maison. C’est le cas du prophète Amos, dans la première lecture que l’on a entendue. On lui demande de quitter Silo car il n’est pas à sa place dans ce sanctuaire royal qu’il vient déranger par sa mission prophétique. Il répond que ce n’est pas de lui-même qu’il est là mais parce que c’est Dieu qui l’a chargé de sa mission. En restant fidèle, malgré les critiques, il témoigne ainsi de sa foi en Dieu.
Le premier adversaire, il est en soi. C’est le mauvais esprit qui nous pousse soit à l’orgueil, soit au découragement. Mais en soi, aussi, se trouve notre premier partenaire de victoire, car le Christ est en nous et Il y dépose des trésors de force, de rebond, d’énergie, de capacité de dépassement…
Il y a aussi des adversaires extérieurs. Un arbitre est là pour permettre que le jeu se passe bien, dans le respect de l’autre. La règle du jeu chrétienne va plus loin, puisqu’elle demande davantage que le respect, la charité. Charité dans la victoire et la défaite.
Il faut aussi, parfois, accepter la défaite. Le plus dur, c’est de ne pas la ressasser, ne pas la laisser vous imprégner et peu à peu pourrir votre esprit, votre mémoire. Il me semble que c’est un des sens que l’on peut tirer de l’image de la poussière que l’on est invité à laisser sur les lieux qui n’ont pas accueilli les missionnaires de l’Evangile, c’est précisément celui de ne rien vouloir garder comme poids, comme trace de défaite, pour continuer à aller de l’avant.

La mission des douze hommes d’Istra, gagner la coupe du monde, très peu peuvent la vivre. Celle des apôtres : proclamer la conversion, chasser les mauvais esprits, prier pour les malades et les guérir, tous les baptisés sont appelés à la vivre. L’enjeu est beau : la victoire finale et la récompense est plus belle qu’une sculpture de Gazzaniga, c’est la couronne de lauriers qui ne se flétrit pas (1 Co 9, 26), la vie éternelle.