Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie du dimanche 7 octobre

HOMELIE – 27ème DIMANCHE ordinaire (B) - 7 Octobre 2018
Ce samedi j’ai célébré un mariage. Dans la paroisse nous célébrons de nombreux mariages. En ces temps où beaucoup de questions sont posées sur le mariage, sur la procréation, les questions éthiques … de nombreuses opinions, des avis divergents… où l’Eglise s’est exprimée par un texte des évêques, il y a quelques jours… nous avons entendu aujourd’hui deux textes qui - à leur façon – nous remettent face au projet de Dieu. Ils ne donnent pas des solutions mais nous permettent de nous ouvrir à ce projet de Dieu sur l’homme et sur la femme.
Il ne faut pas se tromper. La Bible ne prétend pas être un livre d’histoire ou de science mais un livre de sens. Il donne du sens.
L’auteur du Livre de la Genèse (1ère lecture) est un croyant. Il ne prétend pas nous dire le pourquoi et le comment, il dit le sens de la Création. Et dans ce texte d’aujourd’hui (Genèse 2) il cherche à situer la relation conjugale dans le plan de Dieu. Il emprunte des images : le jardin, le sommeil, la côte, un Dieu potier, un Dieu chirurgien, un Dieu Créateur…
La 1ère affirmation c’est que l’homme ne peut rester seul. Les bêtes des champs, les oiseaux du ciel, tous les êtres vivants auxquels l’homme donne un nom ne peuvent être « une aide qui lui corresponde ». En les nommant l’homme sent la distance et le pouvoir que Dieu lui donne sur les animaux. C’est en jouant sur les mots hébreux « ish » (homme) et « isha » (femme), avec leur ressemblance, que l’auteur nous dit par ces mots très proches, de la même famille mais pas identique, la proximité de l’homme et de la femme. Dieu qui façonne la femme - à partir de l’homme – et celui-ci qui dans un cri de reconnaissance (au double sens du terme : il la reconnait et il rend grâce) s’exclame : « Voici l’os de mes os, la chair de ma chair » et la parole qui est dite : « « Tous deux ne feront plus qu’un ».
Le texte de l’évangile fait allusion à cet épisode de la Genèse. Une question est posée à Jésus sur le divorce, question malveillante puisque l’évangile dit « pour le mettre à l’épreuve »
On attendait de Jésus à la question « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? » une réponse par « oui » ou par « non ». Et Jésus ne donne pas directement une réponse, il aide ses interlocuteurs à chercher eux-mêmes les éléments de réponse.
Il les renvoie à la Loi de Moïse à laquelle ils font allusion. Or contrairement à ce qu’ils disent, Moïse constate et prend acte, mais ne prescrit pas le divorce… Mais Jésus veut aller plus loin dans la réflexion : il se réfère au projet de Dieu. Il revient au projet de la Genèse. Il redit et complète : « A cause de cela (de ce qu’ils ont été créés homme et femme) l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme et tous deux deviendront une seule chair. Aussi ils ne sont plus deux mais une seule chair. Donc ce que Dieu a uni que l’homme ne le sépare pas »
Le livre de la Genèse ne parle pas d’un homme et d’une femme en particulier (même si on les a nommés « Adam= le terreux et « Eve »= la mère des vivants) il parle de l’humanité en général dans laquelle homme et femme sont indissociables. L’expression que nous avons entendue en 1ère lecture disait la même chose : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul » ne veut pas dire qu’il n’est pas bon pour l’homme de rester célibataire mais que l’humanité n’est complète que dans sa dualité homme/femme.
Quand Jésus dit : »Ce que Dieu a uni que l’homme ne le sépare pas » c’est-à-dire ce que Dieu a conçu dans l’unité, que l’homme ne le sépare pas. Car c’est seulement dans cette relation de dialogue faite à la fois de distance et de profonde intimité que l’humanité est elle-même, c’est-à-dire image de Dieu et féconde.
Jésus a emmené ses disciples au niveau du Mystère et du Projet de Dieu. Nous voyons comment cela peut rejoindre les débats actuels, la profondeur qui est en jeu. Réalités pas toujours faciles, ni simples, qui pour nous peuvent être parfois perturbées par ce que nous vivons ou avons vécu et les blessures qui en découlent…
En aucun cas la Parole de Dieu n’est là pour nous juger, juger des situations, mais elle est pour chacun, quelle que soit sa situation, une lumière, un phare vers lequel il faut regarder pour trouver en Dieu sens et espérance dans ce que nous vivons et ce que nous avons à vivre.
A nous aussi -en ce dimanche qui nous fait regarder vers ce projet de Dieu sur l’homme et la femme- de présenter, comme le fera la prière universelle, les situations de nos frères et sœurs, les nôtres, les questions actuelles, les souffrances et les épreuves des personnes et des couples…
Que la Parole entendue dans la Lettre aux Hébreux nous ouvre à l’espérance : ce Dieu qui veut le bonheur de tout homme et de toute femme est venu nous rejoindre sur nos chemins : « Jésus qui sanctifie et les hommes qui sont sanctifiés ont tous même origine ; pour cette raison Jésus n’a pas honte de les appeler ses frères » de nous appeler « ses frères » !