Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie du 11 novembre

Dîtes-moi : Entre cette pauvre veuve qui a mis dans le tronc du temple tout ce qu’elle avait pour vivre ou encore celle qui, dans la première lecture, a hébergé le prophète Elie et partagé avec lui ce qui lui restait comme provision pour elle et son fils, entre ces deux femmes et nous qui, en majorité ici, ne crevons pas la misère, lesquels au bout du compte sont-ils les plus libres ? Tant que l’on est accroché à ses biens, à sa sécurité, à sa situation, osons reconnaître que l’on se maintient dans une forme de dépendance. Les deux pauvres femmes, elle, dans leur générosité, donnent le sentiment de se réaliser en donnant et en partageant. Leur geste est libre de tout intérêt égoïste. Elles donnent le témoignage que l’on trouve davantage de bonheur à donner qu’à recevoir. Et n’est-ce pas lorsqu’on est heureux que l’on goûte à la liberté ? Ce mot de liberté est le premier que l’on voit au fronton de nos édifices publics. En ce jour de célébration du centenaire de l’Armistice, il nous est bon d’évoquer la recherche d’être des êtres libres, délivrés de ce qui agresse notre condition humaine. La liberté, ce n’est pas se permettre de faire n’importe quoi. C’est trouver son épanouissement en s’ouvrant à ce qui s’offre à nous pour vivre et toujours mieux vivre. C’est en fait accueillir d’être en relation et se tenir dans les dispositions qui sont celles du don. Il ne peut pas y avoir de paix sociale sans consentement à donner et à se donner. Les poilus ont été très nombreux à donner leur vie. Leur sacrifice n’a pas été la garantie d’une paix durable mais il nous invite aujourd’hui à continuer de croire qu’il faut savoir se donner pour trouver la vraie paix.
Si l’exemple des deux femmes de la Bible m’a amené à exprimer que la liberté se trouve dans le don de ce qui est notre essentiel, pour autant leur statut social n’était pas à envier. Quand, dans le passage d’Evangile que nous avons entendu, Jésus s’en prend aux scribes, c’est-à-dire à des spécialistes qui font autorité dans la religion juive, il ne les ménage pas en les accusant de profiter de leur science pour imposer leur pouvoir et il les attaque en dénonçant qu’ils dévorent les biens des veuves. Ces dernières sont sans défense. Les scribes en profitent au nom de la religion. C’est bien le risque encore aujourd’hui pour toute situation de pouvoir, d’influence. L’égalité entre les personnes est mise à mal. Elle est battue en brèche par le refus de considérer que toute personne humaine a sa dignité quelque soient ses compétences, son statut et que cette dignité est sacrée. Nous ne pouvons pas construire la paix en étant des tenants de théories xénophobes, racistes ou sélectives. Pendant la Grande Guerre, il y a eu des témoignages bouleversants de trêves au moment de Noël où des ennemis se reconnaissaient semblables dans leur dignité humaine avant d’être repris par la violence d’un conflit qui les dépassait. Tous égaux devant la mort, entraînons-nous à considérer que tout être vivant que l’actualité nous donne de croiser est notre égal en dignité humaine et alors la paix adviendra.
La liberté, l’égalité… nous arrivons au troisième terme de notre devise nationale : la fraternité. L’élément sans doute le plus impliquant mais aussi le secret de la paix. Que faisons-nous en ce 11 novembre 2018 ? Nous parlons de commémoration. Nous maintenons vive l’existence des millions de morts de la Première Guerre Mondiale par une œuvre de mémoire. Nous ne voulons pas qu’on les oublie. Nous nous faisons un devoir de les garder présents dans notre cœur comme nous le faisons plus naturellement pour un être cher disparu. Avec la guerre de 14-18 et aussi toutes les autres, nous sommes atteints dans notre famille qu’est l’humanité. La terre est en deuil. Et pour qu’elle trouve la paix, il faut plus qu’un armistice. L’œuvre de commémoration demande d’en faire une opération fraternelle non seulement en direction de tous ceux qui sont couchés sur les tables mémoriales mais aussi dans le réveil des consciences aujourd’hui. La paix n’est possible que si nous développons la fraternité entre nous et au-delà des frontières de toute sorte. Il est heureux que le Conseil Municipal des Enfants ait dans son approche des fêtes du Centenaire à Carquefou mis en valeur l’objectif d’éveiller à la citoyenneté : la cité, la commune, doit tendre à être un lieu d’une plus grande fraternité. Et puis à vous les femmes et les hommes pétris d’humanisme qui êtes venus à ce moment religieux chrétien de célébration du Centenaire, nous voulons dire que prier pour la paix, ce n’est pas seulement pour nous lancer un appel à Celui qui a sacrifié sa vie en subissant la violence de la croix et qui l’a fait pour que l’humanité tout entière connaisse un jour la civilisation de l’amour pour toujours. Prier pour la paix, c’est aussi nous engager avec le Christ à consacrer notre vie, à la sacrifier pour qu’il y ait toujours plus d’humanité dans nos relations avec tous sans exception. Etre chrétien, c’est inscrire sa vie sous les signes de la générosité, de la solidarité et de la serviabilité. Des dispositions en lesquelles peut se reconnaître toute personne foncièrement humaniste. Des dispositions qui consonnent parfaitement avec Liberté, Egalité et Fraternité