Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie de Noël

La Bonne Nouvelle que nous venons d’entendre, elle commence par parler d’un homme très connu, très important, très puissant : César Auguste. Il habite dans un riche palais ; il commande à des millions d’hommes ; ses sautes d’humeur, ses colères ou ses déceptions sont craintes par tous. Il pourrait être le héros de notre fête car Evangile c’était un mot employé dans l’empire romain quand on annonçait une victoire militaire ou la naissance d’un petit empereur. Mais ce n’est pas sa naissance que l’Evangile annonce. C’est celle d’un Juif, un premier-né d’une jeune femme vierge de Galilée.
César Auguste avait tout pour être au courant de ce qui se passait d’important dans son empire. Il n’avait pas, bien sûr encore, France Info, BFM TV, Facebook ou Tweeter, mais il avait une administration puissante, bien organisée, une armée redoutée avec un service de renseignements hors pair… Et pourtant, il n’a pas été au courant de l’événement le plus important de son empire. Comme quoi, l’on peut être connecté mais ne pas voir ce qui est le plus important, l’essentiel. Aujourd’hui encore, l’on peut passer à côté du grand mystère et de la vraie joie de Noël : quelle est-elle ? C’est que le monde a sa grande Histoire, avec ses dirigeants économiques, financiers, idéologiques, politiques et que leurs décisions ont des impacts très forts ou très lourds sur la vie des êtres humains : guerre, pollution, appauvrissement de pays que l’on pille de leurs richesses et de leur population… Autant de crises qui constituent l’arrière-fond de nos vies à chacun de nous. Mais au creux de ces crises, il y a, dans la fragilité et la faiblesse, un Dieu fort qui s’offre à nous en venant à la vie humaine qu’Il aime par-dessus tout.
La Bonne Nouvelle que nous avons entendue continue avec la description de Joseph, un lointain descendant du roi David. Mais il apparaît plutôt comme « une fin de race » si vous me pardonnez l’expression. Il est de sang royal mais il est un simple artisan qui construit des maisons en Galilée, une province du Nord d’Israël qui a mauvaise réputation. Il vient en plus d’un bourg tellement petit et méprisable que la Bible n’en parle jamais, elle qui s’intéresse tant à la géographie d’Israël. Aujourd’hui, on dirait dans notre contexte, qu’il vient de la France périphérique.
Joseph va faire à peu près 120 km avec sa fiancée Marie qui est enceinte et sur le point d’accoucher. Un voyage qui ne se déroule pas dans un SUV tout équipé. Un voyage à pied, peut-être à dos d’âne, de mule ou de chameau, pardon, de dromadaire. Le soir, on fait des haltes dans un caravansérail. Et c’est dans le caravansérail du dernier soir, au bout du voyage, à destination finale, celui de Bethléem, la cité du roi David, que Marie est sur le point d’accueillir la Vie de Dieu qui est en elle par l’action de l’Esprit Saint. Mais elle ne va pas être accueillie, cette vie de Dieu, cet enfant nouveau-né ? Pourquoi ?
L’évangéliste saint Luc écrit que c’est « parce qu’il n’y avait plus de place pour eux dans le caravansérail. »
Pas de place pour une femme qui accouche ? Qui serait insensible à la beauté d’une grossesse, d’une vie en devenir ? On ne pourrait pas se serrer un peu dans la maison commune, partager un peu d’espace, un peu de nos ressources ?
Pas de place pour un couple d’étrangers ? Ils viennent du nord, de la Galilée que les Judéens méprisent.
Pas de place pour des gens qui ne peuvent pas payer l’hébergement ? La vie d’un homme vaut-elle le prix d’un loyer ?
Pas de place pour ne pas déranger une clientèle qui veut son repos et son confort tranquille et que les cris stridents d’un nouveau-né gêneraient ?
Pas de place parce que Joseph est reconnu comme descendant de roi et que cela peut poser des difficultés politiques avec les Romains ?
Pas de place parce que l’enfant de Marie n’est pas celui de Joseph ? Les gens savent voir : Marie est revenue enceinte de son séjour chez Elisabeth et Joseph était resté en Galilée…
Sans doute que toutes ces raisons ont une part de valeur d’explication. Mais, plus profondément, ce récit du rejet de la sainte Famille dans la salle commune marque le refus de l’être humain d’accueillir Dieu dans sa vie.
Quelle est la réponse du Seigneur ? Il envoie Ses messagers annoncer la Bonne Nouvelle aux bergers, à ceux qui vivent dehors, un peu en marge de la société. Il leur annonce la joie de la naissance du Sauveur, Il partage la Bonne Nouvelle de la paix aux hommes de bonne volonté. Qu’est-ce que cela signifie pour nous aujourd’hui ?
Devant les crises qui traversent profondément la France, nos familles, notre Eglise, le Seigneur ne se résigne pas à nous abandonner, à se désespérer de nos hypocrisies, de nos faiblesses, de nos lâchetés de chrétiens. Il s’offre à nouveau à chacun de nous dans ce mystère de l’Incarnation où Il nous apprend à grandir peu à peu en humanité. Pour cela, il nous faut tout à la fois regarder vers le ciel et vers l’humanité fragile. L’écologie intégrale dont parle le pape François, c’est cela : laisser notre être intérieur se réconcilier avec la Création et surtout Son Créateur pour devenir davantage un.