Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Mercredi des Cendres

Nous venons d’entendre parler de faire l’aumône, de trouver le temps de prier personnellement et de pratiquer le jeûne. Est-ce là la définition du Carême dans lequel nous entrons en ce mercredi des Cendres ? Ce ne sont que des moyens. En fait, il s’agit par le partage, la prière et la privation de se donner justement les moyens d’arriver à un retournement de notre cœur pour nous attacher à celui qui est la Bonne Nouvelle pour toute l’humanité : il est le Vivant qui fait gagner la vie par l’amour. Les cendres que nous allons nous imposer ne sont pas un signe d’accablement, de honte, encore moins de culpabilisation. Certes elles portent l’image de toutes ces scories qui salissent notre cœur mais bien davantage elles disent que sous les cendres, les braises sont encore chaudes et brûlantes.
Il s’agit par nos engagements de Carême de souffler pour chasser les souillures de nos péchés et surtout pour raviver la flamme qui est au secret de notre cœur. Et là, nous rencontrons le Père qui voit dans le secret. Il ne voit pas au sens où il constaterait avec approbation que nous sommes dignes grâce à nos efforts. Il voit au sens où il est présent par son amour qui nous précède et nous entraîne dans la vie. Partager, prier, se priver c’est s’engager avec Dieu, s’inscrire dans son amour, avancer vers toujours plus de confiance que la vie a son actualité et son avenir en Lui. Alors, avec cette perspective, dans la lumière de Pâques vers laquelle nous allons symboliquement marcher pendant 40 jours, attardons-nous à nous demander comment ranimer la flamme étouffée sous la cendre de nos défaillances.
Commençons par l’effort de la prière : l’invitation de Jésus à se ménager des temps d’intimité avec le Père présent dans le secret. Avant tout, il s’agit de savoir s’arrêter, de se rendre disponible à une rencontre pas forcément sensible. La prière de ce pauvre paysan dont témoigne le curé d’Ars ; « Je l’avise et il m’avise ». Au pied de son lit, devant une icône, le Saint Sacrement avec l’aide de son chapelet, un livre de prière : être là simplement présent, volontairement abandonné, disponible. Notre désir de Dieu n’est pas attente qu’un jour il vienne ou revienne. Je me mets dans les dispositions du cœur à la recherche du grand amour. Je veille à l’alimentation de ma flamme pour Dieu : la prière est le combustible.
Faut-il encore qu’il n’y ait pas un manque de tirage. En plus, de parler ici de ramoner la cheminée, ce qui nous sera proposé par la fête du Pardon le 30 de ce mois, il nous faut trouver une manière de jeûne, pour oxygéner notre cœur toujours embarrassé par des attachements qui inscrit au développement de l’amour en nous. Nous sommes tellement dans une société de consommation que les domaines ne manquent pas où nous pouvons faire preuve de sobriété. Les propositions du groupe « ‘Laudato Si » devraient nous aider à marquer notre Carême d’un effort de relations purifiées, moins dévorantes, toxiques et asphyxiantes avec notre propre personne, avec notre corps, avec notre environnement avec les autres, de relations plus ajustées au Dieu Créateur et Sauveur. Reste la troisième piste qui s’offre pour vivre un bon Carême. L’aumône qui se manifeste par le partage qui demande de rester très attentionné à tous celles et ceux qui ne connaissent que les miettes qui tombent de la table de notre maison commune qu’est la terre. Le partage est en fait ce que l’on attend d’un foyer, d’une source de chaleur : son rayonnement. Aimer en paroles, sans poser des actes c’est une incroyable déperdition de chaleur. Plus nous nous enfermons derrière des barrières, des murs de sécurité, dès que nous sélectionnons ceux que nous voulons aider, nous nous privons déjà nous-mêmes de la chaleur d’un cœur ouvert, jamais discriminatoire, diffuseur de don et de pardon. Et nous privons ceux qui sont dans la nécessité, de ce qui pourrait les conduire à être eux aussi partageurs. Il y a tout avantage à développer un esprit de solidarité : il nous fait progresser dans la fraternité qui est l’avenir du Royaume auquel Dieu nous convie.
Nous allons maintenant recevoir les cendres et nous entendre dire : « convertis-toi et crois à la Bonne Nouvelle ». Que ce soit un signe que nous faisons appel et confiance à l’énergie qui est en Dieu. Et que le vœu de Jésus, nous voulons et nous prenons les moyens pour qu’il s’accomplisse. « Je suis venu jeter un feu sur la terre, ce que je voudrais ? c’est qu’il soit déjà allumé ! » Luc 12/49