Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Les essentiels et les orientations du projet pastoral

Savez-vous que le rugby français traverse une grave crise ? Une des plus importantes de son histoire ? Quand le XV de France vit une défaite, et en ce moment, ce sont plutôt des raclées, il a un discours qui résonne habituellement dans la bouche des joueurs, des dirigeants et des entraîneurs : « il faut revenir aux fondamentaux ! » Les fondamentaux du rugby, c’est la conquête du ballon, le combat physique, la qualité de la passe, la maîtrise de la mêlée, du lancer en touche… C’est en assimilant, en maîtrisant toujours mieux ces fondamentaux que le goût de la victoire peut revenir.
Savez-vous que l’Eglise vit une période de crise ? Je ne sais pas si c’est une des plus graves de son histoire. Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas la première. L’Eglise est souvent considérée comme une grand-mère, âgée, percluse de rhumatismes et qui a perdu sa souplesse. Pour retrouver sa jeunesse, elle a un moyen : revenir à ses fondamentaux, ce qui fait l’essentiel de son identité et de sa mission.
Ces fondamentaux, il y a un texte de l’Ecriture qui les contient par excellence, c’est ce passage des Actes des apôtres que nous venons d’écouter. Nous pouvons y discerner cinq éléments essentiels de la vie chrétienne qui correspondent un peu aux quatre pieds d’une table : formation, fraternité, prière, compassion et évangélisation. S’il en manque un, nous pouvons ressentir un peu ce que le poète écrivait : « un seul être vous manque et tout est dépeuplé. » Ces cinq essentiels sont comme les couleurs de l’arc en ciel, comme Platini, Fernandez, Giresse et Tigana dans le carré magique de l’équipe de France du foot des années 1980, comme le trio Giroud-Griezmann-MBAPPE pour les plus jeunes, comme les 4 Beatles, comme les douze apôtres du Christ… Je m’arrête là. S’il manquait un seul des éléments, l’arc en ciel ne serait pas ce spectre lumineux si fascinant, les Bleus n’auraient pas été champions d’Europe en 1984 ou du monde en 2018, les Beatles n’auraient pas été les Fab Four et il aurait manqué une pierre de fondation essentielle de l’Eglise apostolique.
De même, un chrétien, une paroisse doivent être animés, doivent vivre ces cinq essentiels.
L’enseignement des apôtres auxquels les premiers chrétiens étaient assidus nous met devant le défi de la formation. Il n’y a pas d’âge pour approfondir le témoignage des apôtres qui nous redonnent toujours accès à la présence du Christ vivant, ressuscité au milieu de nous. Quand nous nous formons, nous ne faisons pas des études d’Histoire pour rester collé au passé. Nous entrons dans la connaissance approfondie de Celui qui nous fait vivre et qui nous donne le beau nom de chrétien. C’est Lui qui nous fait entrer dans une qualité de relation qui n’est pas fondé sur des choix affectifs, d’opinion, d’accord politique ou d’harmonie sociale. Il nous fait devenir frères, c’est-à-dire une relation qui s’enracine dans une origine qui nous est antérieure (le Père) et dans une dimension étonnante : nous ne nous choisissons pas, nous nous accueillions sans cesse comme liés les uns aux autres par notre appartenance au corps du Christ. C’est le défi et la beauté de l’Eglise depuis toujours. Et puis cette fraternité, elle est faite pour grandir, pas seulement qualitativement mais aussi quantitativement. L’Eglise n’est pas faite pour elle-même pour que les chrétiens se regardent le nombril et s’admirent mais pour rayonner, pour donner Jésus au monde.
Cette fraternité pour dépasser les énervements, les impatiences, les incompréhensions, elle a besoin de se fonder dans la prière, les Actes mentionnent la fraction du pain et les prières. La fraction du pain, c’est évidemment la messe. Mais il ne faudrait pas que notre vie de prière paroissiale soit uniquement centrée sur l’eucharistie : prière de louange, d’intercession, d’adoration, etc. sont toutes aussi importantes. Prière personnelle, conjugale, familiale et communautaire.
L’eucharistie et les prières en nous décentrant de nous-mêmes et en nous focalisant sur le Christ et Sa Parole nous feront toujours réentendre cette vérité : que nous ne vivions pas la charité seulement en paroles mais surtout en actes. Actes de compassion, de partage des biens en fonction des besoins de chacun nous écrit saint Luc. Cela suppose de toujours mieux nous connaître, nous et nos besoins et de donner attention aux autres. Ne tombons pas dans le piège d’un fondamentalisme qui nous ferait croire que l’idéal de la vie chrétienne primitive était une sorte de communisme. Tous les écrits de Paul ou des premiers écrivains chrétiens ne vont pas dans ce sens. Mais, par contre, tous mentionnent le partage, y compris financier, comme signe de l’amour qui habitait les disciples de Jésus-Christ. « Voyez comme ils s’aiment. » La prière et l’eucharistie, si nous voulons être certains de leur qualité, c’est aux fruits de charité, de compassion, de générosité que nous pourrons les évaluer.
C’est aussi le moteur de notre évangélisation, de la mission. Dans le texte des Actes, cette dimension peut apparaître sybilline. Le Seigneur leur adjoignait ceux qui allaient être sauvés. Pourtant, cette phrase est très importante : elle nous rappelle que le premier acteur de toute évangélisation, c’est Dieu qui prépare les cœurs et qui habite déjà dans le cœur de celui ou de celle que nous rencontrons et avec qui nous partageons notre vie de chrétien. Et puis, elle nous rappelle aussi que quand nous sommes faibles, et que nous comptons sur la force de l’Esprit Saint, c’est alors que nous sommes forts. Elle nous dit aussi la finalité de la vie chrétienne et de l’évangélisation : être sauvé ! Nous avons besoin d’être sauvés. C’est un essentiel de la foi pas simple à entendre aujourd’hui alors que nous pouvons penser avec Polnareff qu’on ira tous au paradis. Mais si nous n’avons pas besoin d’être sauvés, pourquoi donc Jésus est-Il mort sur la croix ? Pourquoi a-t-Il accepté l’humiliation de Sa Passion ?
C’est bien pour nous faire participer à Sa victoire sur le péché, la souffrance et la mort en nous ouvrant le porte de la Résurrection. C’est cette expérience bouleversante, l’enseignement des apôtres ! C’est cela la source de notre joie.