Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie de la messe de rentrée 15 septembre 2019

Nous sommes plus de huit cent personnes rassemblées ce matin dans ce très beau cadre de la Fleuriaye sous le soleil fidèle qui accompagne souvent nos messes de rentrée. Si huit seulement d’entre nous nous quittaient, serions-nous capables de le remarquer ? Irions-nous les chercher ? C’est une des questions que nous pose la première parabole de la miséricorde que nous venons d’écouter. Elle nous éclaire sur la qualité d’amour que Dieu a pour nous. Il est capable dans un même regard, dans une même dynamique de nous embrasser du regard tous ensemble comme le peuple que nous formons et dans le même temps de prêter une attention particulière, unique à chacun. C’est à cette qualité d’amour qu’il nous appelle, en particulier les responsables de choses publiques. Le Seigneur articule en effet l’amour de tous et de chacun, c’est le principe du Bien commun qui est différent de l’intérêt général ou de la revendication de privilèges ou d’intérêts particuliers.

Cet amour du berger, ce dévouement auprès de son troupeau et de chaque brebis symbolise celui des rois, des responsables politiques car, dans la culture biblique, le berger par excellence est le souverain du peuple (Ez 34). Il est appelé à exercer un amour de soin, d’attention à tous et chacun. Ceci est une des expressions de la charité de Dieu à l’égard de l’humanité.

Mais ce n’est pas la seule, c’est pourquoi Jésus continue son enseignement. Il veut nous apprendre que le Seigneur ne nous aime pas seulement comme un roi, un berger, mais aussi comme une femme amoureuse. Vous êtes un peu surpris sans doute par cette affirmation ? Mais que représentent les dix drachmes, les dix pièces d’argent de la femme qui en perd une ? Elles constituent sa couronne de mariée. C’est donc un symbole nuptial, un signe d’amour comme le sont nos alliances échangées lors des célébrations de mariage. Perdre une de ces pièces, c’est un peu comme perdre son alliance. On n’aime pas ça, on y est très attaché… Dans la parabole, perdre une des pièces renvoie à un problème, une difficulté, un manque de la femme dans sa vie conjugale. Elle a perdu quelque chose de son amour. C’est pourquoi elle va mettre sens dessus dessous sa maison, remuer ciel et terre pour résoudre son problème de couple. Elle n’est pas tant attachée au symbole nuptial qu’est cette pièce qu’à ce qu’elle représente, son amour pour son mari. Nous comprenons mieux alors, pourquoi elle faite la fête avec ses amies après l’avoir retrouvée car elle célèbre alors son amour retrouvé.

Aimer comme un roi aime son peuple, aimer comme une femme amoureuse, ces images n’épuisent pas la charité divine envers nous. C’est pourquoi Jésus continue encore Son enseignement.

Il nous parle désormais d’un père et de ses deux fils. Il nous parle surtout de l’amour paternel pour ses deux fils. Amour qui se caractérise par le fait qu’il donne tout. Au cadet qui l’avait tué symboliquement en lui demandant de son vivant sa part d’héritage, il lui partage son bien (littéralement sa vie, sa Βιος en grec) ; à l’aîné, il lui rappelle que « tout ce qui est à moi est à toi. » Amour qui attend patiemment sur le seuil de la maison le retour du fils prodigue et qui supplie le fils aîné d’entrer pour se réjouir avec le frère perdu. Amour qui pardonne que le peintres Rembrandt et Arcabas ont peint et dépeint sous les traits des deux mains du Père miséricordieux qui enlacent le fils repentant. Les deux mains sont complémentaires et différentes : l’une est plus forte, plus musclée, plus trapue, c’est celle d’un homme ; l’autre est plus fine, plus effilée, plus douce, c’est celle d’une femme. Nous découvrons ainsi que l’amour qui nous construit, qui nous relève, qui se donne à nous se reflète dans la communion d’un homme et d’une femme qui s’aiment et donnent la vie, car à Son image Il les créa mâle et femelle. Cela est d’une actualité forte pour nous !

Trois histoires pour parler d’amour et d’appel à la conversion. Trois amours différents et complémentaires. A chacun, du fait des aléas de la vie, de la faiblesse ou du péché des hommes, il peut manquer un de ces amours. Je peux être blessé dans mon histoire personnelle vis-à-vis de tel ou tel mode de relation. Si le Christ nous enseigne trois paraboles complémentaires, c’est sans doute pour nous révéler que l’amour divin ne s’arrête pas à nos blessures, à nos manques mais qu’il peut nous toucher et nous guérir par différentes voies. Il est toujours plus grand que ce que nous pouvons en imaginer et comprendre.