Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie du 13 octobre 2019

Qui d’entre nous aime obéir ? C’est une question importante car obéir en hébreu signifie écouter la voix de quelqu’un et la foi naît de l’écoute (Rm 10, 17). Et ailleurs, on évoque l’obéissance de la foi (Rm 1, 15).

Obéir pour faire un geste à la fois simple et qui demande un dépassement de soi ou de ce que l’on imagine : pour Naaman, il s’agissait d’aller se baigner sept fois dans une rivière qui lui semblait ridicule et incomparable aux fleuves puissants et fertiles qui traversaient son pays ; pour les lépreux, il s’agissait d’aller voir les prêtres pour faire constater leur purification alors qu’ils portaient encore sur eux la lèpre, autrement dit, ils allaient affronter leur imagination qui leur ferait anticiper la possible réaction négative du clergé. Ces deux récits nous enseignent que la purification n’est pas l’aboutissement d’un processus compliqué mais de l’obéissance humble et confiante à une parole qui veut nous délivrer du poids de la lèpre : blocages relationnels, sociaux, blocages psychologique et spirituel…

La purification est une action du Dieu d’Israël ou de Jésus Lui-même adoré par le Samaritain comme Dieu, reflet de l’élection d’un peuple particulier pour se révéler à l’humanité entière. Autolimitation divine qui se fait Seigneur d’un petit peuple particulier, puis se fera enfant de ce peuple pour se donner à tous. Grande leçon spirituelle et théologique qui a des implications très larges : pour avoir accès à l’universel, il nous faut passer par le particulier ; l’un et l’autre sont appelés à vivre dans une union qui respecte leur distinction propre tout en en les rendant interdépendant. La semaine prochain, nous allons vivre un grand événement paroissial et diocésain qui est un signe pour notre temps : des hommes et des femmes de toutes cultures, de toutes langues seront présent dans l’église de Carquefou pour louer le Dieu d’Israël qui s’est fait connaître à Abraham, Isaac, Jacob, qui a libéré les Hébreux d’Egypte, qui a choisi des hommes et des femmes pour juger son peuple lors de son installation dans la Terre qu’Il leur avait promis, qui a choisi David comme roi pour ses enfants, qui a appelé des prophètes pour aider Son peuple à lutter contre les deux grands cancers qui le minaient (injustice et idolâtrie), qui a accompagné Ses fils et Ses filles dans leur exil et les a faits retourner en Palestine, qui illuminait l’intelligence des scribes de ce peuple par Son Esprit de sainteté dans leur rédaction de livres qui constitueraient plus tard la Bible, qui s’est finalement incarné en Sa Parole pour non seulement parler dans le langage des hommes mais aussi agir comme eux afin de leur dévoiler un mystère caché depuis les origines : l’humanité est appelée à être sauvée des forces de divisions qui l’assaillent : divisions entre pays, identités symbolisées par l’opposition entre Juifs et païens, entre maîtres et esclaves, entre hommes et femmes. Ce Salut est l’accomplissement d’un combat violent que chacun mène dans sa propre existence et qui nous est offert par Jésus de Nazareth, Celui qui a aboli toutes ces divisions sur la croix.

Ce Salut peut être accueilli par des païens comme Naaman, des « croyants autrement » ou des agnostiques comme on dirait aujourd’hui si nous nous comportons comme Elisée. L’homme de Dieu est dans la pure gratuité ; il refuse tout cadeau et c’est ce désintéressement qui va convaincre Naaman d’emporter de la Terre d’Israël comme marque de reconnaissance du pouvoir effectif de YHWH.