Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie du 3ème dimanche de l’Avent A

3ème Dimanche de l’Avent A
« Mais, il est où le Sauveur ! » Jean Baptiste pensait l’avoir reconnu en son cousin Jésus dont Elisabeth sa maman lui avait parlé avec force émotion après leur rencontre avec Marie alors qu’elles étaient toutes les deux enceintes grâce à Dieu. Au bord du Jourdain, Jean avait désigné Jésus à deux de ses disciples comme l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Sous le coup de l’inspiration, Jean y allait de son témoignage, un témoignage qui ne connaissait apparemment pas l’ombre d’une hésitation : oui, parmi les prophètes Jean était vraiment le plus grand. Mais le voilà enfermé derrière les barreaux parce qu’il a osé faire des remontrances à Hérode au nom de ses convictions. Alors là, il gamberge et pris par le doute il envoie de ses disciples questionner Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ». Jésus ne répond pas par oui ou par non. Il fait appel non pas à la conscience, au raisonnement, mais au cœur pour le reconnaître. Il attire l’attention sur les merveilles qui s’opèrent. Il s’adresse aux cœurs qui entendent et qui voient que le bien se répand au passage de celui qui prend soin des misères et des pauvretés qu’il rencontre. Il faut se faire tout simple, tout humble pour reconnaître que le Royaume des cieux est là où il y a de la tendresse et que la réponse à la question « Mais, il est où le Sauveur ? », elle est : le Sauveur est là où il est donné à manger à celui qui a faim, à boire à celui qui a soif. Là où l’étranger est accueilli, le malheureux reçoit de quoi s’habiller. Là où le malade est l’incarcéré sont visités… De plus, nous ne pouvons pas le rencontrer le Sauveur si nous-mêmes ne nous faisons pas des mendiants d’amour, à la merci des autres. « Il est où le Sauveur ? » la Révélation en est faite aux pauvres, aux petits gens, aux enfants, en tant qu’ils ne peuvent qu’accueillir d’être aimés à la manière des tout-petits. Le Sauveur est là dans cette offrande à l’amour de Dieu de l’enfant de la crèche, et du Fils entièrement remis entre les mains du Père sur la Croix. Nous ne comprenons pas ? Eh bien réagissons comme Jean dans son cachot. Allons jusqu’au bout de nos questionnements, jusqu’au fond de nos doutes et laissons-nous toucher au cœur. Les petits gestes de tendresse que nous recevons ou que nous osons (je vous ai parlé le 1er dimanche de l’Avent du calendrier des bienveillances) ces petites attentions peuvent paraître bien mesquines sinon ridicules. Et si pourtant elles trahissaient, elles traduisaient quelque chose d’essentiel : le Sauveur est celui qui est passé sur la terre en faisant le bien. Risquons la tendresse tout simplement, tout modestement et nous commencerons à nous approcher du Sauveur. Encore : en cette période, les enfants n’en finissent pas d’écarquiller les yeux et tirent leurs parents, leurs grands-parents vers les crèches exposées ici et là. Peut être que vous viendrez à l’église de Carquefou ce week-end pour le spectacle de la Pastorale des Santons de Provence. Et les illuminations dans nos villes et sur nos maisons complètent une ambiance particulière de fête au moment de Noël. Toutes ces manifestations nous font apprécier un peu de douceur au milieu d’un contexte actuel compliqué avec des inquiétudes pour l’avenir. Pourquoi cette joie toute simple, toute chaude d’un vivre ensemble dans une atmosphère de fête ne nous parlerait-elle pas du Sauveur ? Il est là à découvrir dans le beau, le bien, le bon que l’on se partage pour un moment de grâce en oubliant pour un temps ce qui nous divise et ce qui en est la cause. Pour rencontrer le Sauveur, nous avons besoin de savoir faire la fête et de faire de nos célébrations de vraies fêtes. Et puis enfin le contraste entre des moments merveilleux et une réalité quotidienne parfois bien déprimante nous pousse à nous trouver, il est vrai, bien petits, bien limités pour arriver à contribuer au bonheur auquel on aspire. Eh bien si là aussi se révélait l’existence du Sauveur. Notre cœur nous laisse à penser que la vraie joie ne se trouve pas dans l’élimination des obstacles qui nous perturbent la vie et dont la mort n’en est pas le moindre. La vraie joie se trouve en fait dans le consentement à nous laisser aimer. Le plus heureux parmi nous n’est-il pas le tout petit qui ne peut et ne sait pas vivre autrement qu’en accueillant d’être aimé ! Que la fragilité de nos situations humaines ne nous accable pas mais au contraire nous fende le cœur au point de prier en chantant :« Venez divin Messie nous rendre espoir et nous sauver, vous êtes notre vie, venez, venez et venez ! »