Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie du 9 février 2020

Frères et sœurs, chers amis,

De retour de retraite de 30 jours, je voudrais vous partager trois motifs de joie qui m’habitent aujourd’hui.
1. La première est celle de voir la charité en actes sur la paroisse. Je suis témoin émerveillé de la générosité qui s’est manifestée ces derniers jours en dehors de toute action des pouvoirs publics pour venir en aide à plusieurs familles de gens du voyage dont les caravanes ont brûlé et qui ont tout perdu dans cet incendie. Cette charité active est un signe lumineux qui brille dans les ténèbres qui, parfois, nous semblent définir l’actualité. C’est une invitation à ne pas cacher la générosité dont nous sommes capables. Ne nous laissons jamais contaminer par l’indifférence et l’égoïsme !
2. La deuxième est d’entendre la grandeur de la mission, la responsabilité et la confiance dont nous témoigne le Christ Jésus quand Il s’adresse à nous au présent et à l’indicatif : « vous êtes la lumière du monde ! »
3. La troisième est de vous retrouver après un mois de retraite spirituelle.

Peut-être, certains d’entre vous se sont demandés pourquoi je me suis absenté durant un mois. L’évangile de ce jour me permet de vous partager simplement le désir qui m’habitait pour vivre cette aventure, désir qui s’enracine depuis de nombreuses années déjà. L’appel de Jésus à ce que le sel ne s’affadisse pas, à ce que la lumière ne soit pas mise sous le boisseau, retentissait en moi et m’a poussé à vouloir alimenter ma lumière intérieure par deux carburants essentiels de la vie chrétienne : silence et prière.

Les 30 jours, que l’on appelle les exercices spirituels sont l’œuvre de saint Ignace de Loyola, fondateur de la compagnie de Jésus. Ils visent soit à permettre d’exposer au Seigneur une grande question existentielle pour se mettre attentivement à l’écoute de la volonté de Dieu, soit pour se rapprocher du Christ afin de Le suivre plus intensément dans sa vie quotidienne.

La méthode, pour cela, consiste à progresser de plus en plus dans une solitude où le retraitant est appelé à découvrir la présence du Seigneur à ses côtés. Pour cela, il est invité à se séparer de ses relations et de son environnement quotidien, à des longs temps de prière durant lesquels il contemple des scènes évangéliques, à entrer dans un silence croissant. Silence des paroles mais aussi des pensées. Et c’est là où le génie d’Ignace se manifeste. Se fondant sur sa propre expérience spirituelle, il propose des aides au retraitant et à la personne qui l’accompagne en analysant les origines et le fonctionnement des pensées qui nous habitent et parfois nous assaillent. Ayant été immobilisé durant de longs mois sur un lit de souffrance et de convalescence, avec seulement deux livres saints et son imagination comme compagne, lui, qui n’était pas particulièrement fervent dans sa foi ni porté sur les choses de la religion mais plutôt passionné par les plaisirs sensuels de la vie, il découvre que le pensée de ces plaisirs lui donne souvent un avant-goût plaisant mais qu’il en ressort souvent déçu et surtout renfermé sur lui-même, sur son malaise intérieur et ses douleurs. Alors que lorsqu’i tourne son esprit vers les appels de Dieu et qu’il est aimanté par l’exemple des saints, il découvre une paix, une joie profondes et calmes, une sortie de son égocentrisme pour s’intéresser réellement à son prochain.
Il va découvrir aussi que les pensées ont trois origines :
Elles peuvent venir de nous-mêmes, du bon esprit ou de ce celui qu’il va appeler du nom très juste d’« ennemi de la nature humaine, » celui que l’on appelle le Satan. Celui-ci cherche, en effet, à nous éloigner de plus possible de Dieu et de la charité en nous donnant tout un tas de distractions.
A la personne qui ne l’a pas laissé entrer chez elle, il va la perturber en faisant du bruit, en essayant de lui montrer les inconvénients, les difficultés, les impossibilités de suivre le Christ. Il va surtout essayer de l’empêcher de vivre pleinement l’instant présent soit en la laissant rêver nostalgique à un passé plus fantasmé que réellement vécu, soit en lui montrant un avenir plus séduisant ou au contraire terrifiant. En tout cas, il ne veut pas que nous soyons présents à nous-mêmes, à notre prochain, à Dieu. Ce n’est pas pour rien que le prophète Isaïe nous enjoignait de ne pas nous dérober à notre semblable dans la première lecture. C’est la même dynamique !
Par contre, à la personne qui l’a laissé entrer chez elle et chez qui il a pris ses aises, il va tout faire pour l’empêcher d’entendre la Parole de Dieu en lui faisant peur du changement qu’entraînerait une conversion, en l’incitant à se préoccuper de plus en plus d’elle-même, en affaiblissant son désir de servir. Ce qui fait que les appels du bon esprit à sa conscience produisent le même effet que lorsque nos yeux ont été habitués à l’obscurité et que tout d’un coup, éclate une lumière vive. C’est quasiment insupportable ! Et pourtant, la lumière est bien meilleure pour nous que les ténèbres…
Le bon esprit agit en sens contraire. Il frappe donc à la porte de notre conscience, il s’adresse à notre intelligence et pas à nos sentiments pour nous pousser à bien agir, il fortifie notre volonté vers le Bien.
En ce jour, où nous avons reçu la mission et la confiance d’être lumière du monde, demandons au Seigneur la grâce que notre comportement brille aux yeux des hommes afin qu’ils puissent rendre gloire à Dieu pour cela.