Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie du 16 février 2020

HOMELIE pour le 6è DIMANCHE ORDINAIRE (A) – 2020
Dans cet évangile nous sommes dans le grand discours de Jésus sur la montagne. Avant ce passage d’aujourd’hui, il y a eu les béatitudes (début du discours) et puis ce que nous avons entendu la semaine dernière sur le sel et la lumière (« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde »)… Ce discours nous trace le chemin vers le Royaume de Dieu…
Le passage d’aujourd’hui peut nous paraître dur. Le cœur du texte c’est la parole de Jésus : « je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ». La Loi, elle avait été reçue par le peuple au temps de Moïse (les 10 commandements). Déjà c’était un progrès. C’était mieux qu’avant… mais Jésus lui va dans le sens de l’accomplissement, c’est-à-dire du perfectionnement en quelque sorte. Perfectionnement vers cette loi d’amour qui est celle du royaume.
Le « sermon sur la montagne » dont la liturgie nous donne quelques extraits aujourd’hui est sans doute un des passages de l’Evangile les plus clairs pour parler de l’autorité avec laquelle Jésus prêchait et qui étonnait tant les gens.
Jésus reprend plusieurs passages de la seconde partie du Décalogue, celle qui touche aux relations avec le prochain : « Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne porteras pas de faux témoignage. » Ces dix paroles, l’auditoire les connaissait par cœur. Depuis la tendre enfance chacun se les remémorait fidèlement. Les Tables de la Loi étaient pour tous la référence suprême, le sommet de la révélation divine, le phare qui indique la route à suivre.
Mais en commentant le Décalogue, Jésus entraîne son auditoire vers des horizons inattendus, tant il pousse loin ses implications pratiques. Le sentiment d’être devant un abîme infranchissable saisit la foule.
La 1ère de ces illustrations concerne les relations entre frères : « Vous avez appris qu’il a été dit : tu ne commettras pas de meurtre, si quelqu’un commet un meurtre il en répondra au tribunal ». Mais l’accomplissement, c’est lorsque Jésus dit : « Eh bien moi je vous dis : tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement… si quelqu’un insulte son frère… il devra passer devant le tribunal » Il y a comme une équivalence, entre le meurtre et la colère ou l’insulte, puisque c’est la même punition. Jésus nous dit, en quelque sorte : quand tu te mets en colère contre ton frère, que tu l’insultes, que tu dis du mal de lui, c’est un meurtre… tu le tues. Il en restera toujours quelque chose…L’accomplissement de la loi c’est cela, vivre pleinement l’amour du frère. Jésus parle de la « géhenne » (« Celui qui traite son frère de fou sera passible de la géhenne de feu ») Ce nom désigne un lieu à Jérusalem, qui brûlait continuellement des détritus. (Il a donné naissance à l’enfer en quelque sorte).
Cette Parole du Seigneur ne peut que nous interroger. Sommes-nous des meurtriers ? La Loi de Moïse parlait de ceux qui tuaient physiquement leurs frères… Jésus va plus loin. Quand nous attentons à la réputation de quelqu’un, quand nous disons du mal, vrai ou faux de lui…quand nous nous mettons en colère, disons du mal ou maudissons…A chacun de voir cette attitude envers nos frères… Dans le décalogue de Moïse, la condamnation de l’homicide constitue le 5ème commandement. Ici elle figure en 1ère place, sans doute parce qu’elle contient implicitement, sous cette forme, le commandement qui remplit tout le discours de Jésus sur la montagne : l’amour du prochain.
La seconde illustration concerne les relations homme-femme dans le cadre du mariage. La fidélité conjugale est fondamentale dans la religion d’Israël : elle est justifiée par celle de Dieu à son Alliance avec son peuple. Le mariage engage les personnes au plus profond d’elles-mêmes. Jésus rappelle que l’engagement se situe au cœur de chacun. La Loi disait : « tu ne commettras pas d’adultère », l’accomplissement de la Loi auquel invite Jésus va encore plus loin que l’acte lui-même : « Eh bien moi je vous dis (cela ne suffit pas) tout homme qui regarde une femme avec convoitise, a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur » Tu t’interdiras même d’y penser et tu éduqueras ton regard… Et Jésus de dire des paroles dures par rapport à l’œil qu’il faut arracher, la main qu’il faut couper… Evidemment ce n’est pas au sens littéral qu’il faut prendre ces mots, mais voir à travers ces expressions sémitiques, qu’il faut entrer dans un combat, un combat spirituel, jamais totalement gagné, mais qui demande la mobilisation de toutes nos forces… Jésus va même jusqu’à contester Moïse sur « l’acte de répudiation »…
Jésus parle aussi des serments : ne pas faire de faux serments mais ne pas faire de serment du tout. La parole seule compte (Oui c’est oui, non c’est non).
Tous sont abasourdis en écoutant Jésus. Qui est-il pour interpréter la Loi ainsi ? « On vous a dit », sous-entendu Dieu a dit à Moïse, « Eh bien moi je vous dis ». Ce refrain qui rythme l’enseignement de Jésus, est inouï car il laisse entrevoir quelque chose de son mystère et de son identité. : il parle à ses disciples sur la montagne comme Dieu lui-même parlait à Moïse au Sinaï.
Le cœur du « Sermon sur la montagne » est la prière du Notre Père. Tout se passe comme si Jésus relisait le Décalogue à la lumière de la paternité de Dieu pour en tirer les conséquences dans notre vie quotidienne et dans nos relations fraternelles, le mot frère revient 5 fois. Par son enseignement Jésus nous met au diapason du cœur du Père pour que nous aimions comme lui nous aime. En effet, ce qui illumine ces commandements, c’est le comportement du Père, allant à la rencontre de l’homme, de tout homme, pour se le réconcilier, montrant sa fidélité en gardant à jamais son alliance, s’engageant par la parole donnée.
Dès lors, être à l’initiative du premier pas pour vivre le pardon (« va d’abord te réconcilier avec ton frère ») c’est rayonner de la miséricorde du Père. N’avoir qu’une parole (Que votre oui soit oui) c’est être digne de confiance comme Dieu l’est. Tel Père, tels fils… Jésus vient nous apprendre à vivre à la manière de Dieu : si le Royaume des cieux est descendu sur terre, il s’agit de vivre désormais « sur la terre comme au ciel ».
Pour Jésus, accomplir la Loi c’est la remplir de l’amour du Père et nous en montrer les prolongements dans notre existence. Vivre en enfant de Dieu, c’est dépasser la justice humaine –celle des scribes- pour aller bien au-delà. Mais Jésus est-il réaliste ? Force est de constater qu’il nous ouvre à des horizons qui peuvent sembler impossibles. Par nos histoires personnelles, sociales et familiales nous savons combien il est difficile de faire passer ces paroles dans nos vies. Mais c’est peut-être ce que Jésus veut nous montrer. En repoussant très loin les frontières de l’amour et du pardon, Jésus nous révèle que de ce côté-là, on ne sera jamais en règle. Sa Parole ouvre en nous une brèche et nous invite à toujours avancer : on ne peut jamais avoir fini d’aimer.
Paroles exigeantes s’il en est. La perfection de la Loi. Aller plus loin, toujours plus loin dans l’amour, voilà la vraie sagesse ! C’est un chemin qui nous est proposé. Seul, l’Esprit de Dieu peut nous y conduire. Laissons-nous interroger par cet appel à une conversion qui engage tout notre être.
Les 10 commandements :
1. Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi.
2. Tu ne te feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux…
3. Tu ne prononceras pas le nom de Yahvé ton Dieu à faux … 4. Tu te souviendras du jour du sabbat pour le sanctifier….
5. Honore ton père et ta mère …
6. Tu ne tueras pas.
7. Tu ne commettras pas d’adultère.
8. Tu ne voleras pas.
9. Tu ne porteras pas de témoignage mensonger contre ton prochain.
10. Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain …