Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie du 8 mars 2020

Homélie du 2ème dimanche de Carême A

Le climat un peu particulier dans lequel est le monde aujourd’hui me semble nous pousser à vivre encore plus fortement le Carême comme un temps privilégié.

Nous sommes invités à nous faire des disciples vraiment convaincus de notre attachement à Jésus le Christ, le Fils bien-aimé en qui Dieu trouve toute sa joie. Être baptisé et vivre son baptême, c’est reconnaître que nous sommes nous-mêmes enfants de Dieu et que c’est là l’identité de toute personne humaine et de toutes sans exception.

Nous les chrétiens, nous ne pouvons pas nous comporter comme si nous ne faisions pas l’expérience plus ou moins sensible de la Transfiguration. Si nous sommes venus dans cette église aujourd’hui, c’est qu’une lumière nous a attirés. Et chacune, chacun peut faire mémoire de moments lumineux dans son existence à cause de sa foi, de son attachement à Jésus. Peut-être aussi sommes-nous venus hier après-midi participer à la fête du Pardon où, petits et grands, nous nous sommes remis en présence du cœur lumineux et chaleureux de la miséricorde de Dieu. Comment alors ne pas être animés d’un esprit de joie qui l’emporte sur le pessimisme ambiant, qui rend relatives les agressions d’une épidémie et qui mobilise pour ce qui est l’essentiel ?

Nous ne pouvons pas être comme ceux qui n’ont pas d’espérance : il fait bon de penser que le salut est là en la personne de Jésus qui rétablit l’humanité en bonne relation avec Dieu, conduisant à sa perfection la réalisation des commandements de la Loi confiée à Moïse et donnant l’assurance de la fidélité de Dieu à son Alliance dont les prophètes tel Elie exhortent à être conscient. Nous pouvons être hésitants parfois face à l’énormité voire l’incongruité de faire confiance à Jésus quoiqu’il se passe dans le monde et dans nos vies. Mais malgré tout, accrochons nous à cette lumière de la révélation qui nous est faite : « celui-ci est mon Fils bien aimé : écoutez-le ! »

Il ne s’agit pas de rêver de rester accrochés comme en extase. A la suite de Jésus comme Pierre Jacques et Jean, il faut redescendre de la montagne et aller à la recherche des signes, des petites lueurs de la Résurrection. Notre vocation est de partir à la découverte du Royaume qui vient, de la Terre Promise pour laquelle Abraham a été invité à tout quitter. Quitter son pays c’est accepter de se laisser bousculer, de changer ses habitudes : nous qui faisons partie des nantis, des nations stables, nous réalisons bien que la mondialisation vient nous déranger quelque part. L’épidémie actuelle en donne une petite idée. Il ne faudrait pas non plus se voiler la face quant aux problèmes des migrations qui sont devant nous. Comment cette déstabilisation peut-elle réveiller en nous ce qui est notre statut fondamental ? Nous sommes de passage sur cette terre et la Pâque en Terre Promise rassemblera tous les migrants, dont nous sommes, qui constituent l’humanité entière. Quitte ton pays, je ferai de toi une grande nation. Quitter ce n’est pas abandonner mais aller pour rassembler. C’est, comme l’écrit Paul dans sa 2ème lettre à Timothée, faire resplendir la vie et l’immortalité à la suite de Jésus par l’annonce de l’Evangile.

Que nos efforts de Carême soient ainsi orientés : non pas se priver pour se priver mais pour donner, offrir à d’autres d’être mieux dans la vie et d’envisager leur avenir dans la présence aimante et éclairante de celui qui a dit et montré qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie.

Remercions Dieu de continuer à être illuminés de sa présence permanente avec nous et partout dans le monde. Que tout ce que nous éprouvons y compris ce qui ressemble plutôt à des ténèbres, éclaire notre foi. C’est en accueillant la finitude et la mort que nous entrons dans la résurrection.