Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie le Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ

Nous avons été privés pendant deux bons mois de la nourriture de l’Eucharistie avec sans doute le constat que grâce à des initiatives paroissiales et aussi familiales ou en réseaux que nous ne sommes quand même pas complètement anémiés mais aussi avec l’expérience d’avoir eu faim, d’être en manque.
Et si finalement cette épreuve pouvait s’avérer bénéfique pour notre foi dans l’eucharistie. Entendre dire à la messe : ceci est mon corps ceci est mon sang ne peut pas se résumer à satisfaire à un rite où, grâce à ces formules prononcées par un ministre du culte, Dieu se rend présent en la personne de son Fils qui a donné sa vie pour la multitude en rémission des péchés. Le Corps du Christ est effectivement Jésus qui se donne comme le Pain de la vie mais il est encore ce que nous sommes lorsque nous nous réunissons à plusieurs en son Nom. Nous le chantons à l’inspiration de l’apôtre Paul : « Nous sommes le Corps du Christ. Chacun de nous est un membre de ce corps ? ». Si nous avons à cause de l’épidémie fait le jeûne du repas eucharistique, peut-être bien que nous avons fait davantage corps, en vivant une présence plus continue, parce que confinés, avec nos proches, en posant des gestes de solidarité attentifs aux personnes ayant besoin ou à des communautés encore plus fragilisées dans leur condition de survie, en imaginant des relations virtuelles mais bien réelles avec nos familles, nos amis. Nous avons mis à profit la technologie des nouveaux médias pour des échanges et des partages offerts par plus de temps disponible. Nous avons davantage fait corps dans le quotidien et c’est porteurs de toute cette convivialité que nous nous retrouvons en ce dimanche pour faire corps avec le Christ, réaliser que sa présence réelle elle est tout cela. Elle est là partout où il y a de l’amour comme Jésus l’a souligné le soir du Jeudi Saint au cours de l’institution de l’Eucharistie : « vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » Faites, comme vous m’avez vu faire, faites cela en mémoire de moi. Quand le prêtre reprend cette formule à la consécration en désignant le pain et le vin, il nous invite à recevoir et à devenir le don du Christ. « Devenez ce que vous recevez, devenez le Corps du Christ. Devenez ce que vous recevez, vous êtes le Corps du Christ ». Nous sommes donc réunis ce matin (soir) pour faire de notre vie corps avec le Christ. Ce n’est pas moi seul qui vais faire en prononçant les paroles : ceci est mon corps, ceci est mon sang que le pain et le vin deviennent le Corps et le Sang du Christ : c’est notre foi à tous les baptisés qui va nous faire réaliser ensemble que Jésus est présent, bien vivant et tout donné corps et sang. La présence réelle de Jésus c’est son Amour. Le pain et le vin en deviennent le signe aux yeux de celles et ceux qui forment son Peuple et veulent faire corps et sang avec lui. Ne cherchons pas à chosifier, à matérialiser : comme l’écrit un moine bénédictin : « Le Corps du Christ n’est pas une barre énergétique, ni le Sang du Christ une tisane bio » « L’Eucharistie n’est pas quelque chose pas même la chose la plus précieuse qui soit au monde, elle est quelqu’un ». Oui, il est grand le mystère de la foi, une foi qu’il nous faut faire grandir en développant nos énergies d’alliance avec Dieu et entre nous avec l’aide de la présence du Christ, avec son corps livré, avec son sang versé. C’est dans cette foi que nous allons tout à l’heure avancer pour une authentique communion. « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous ». Là encore ne chosifions pas mais réalisons en faisant le rapprochement avec ce qu’un cœur d’enfant peut exprimer à sa maman, à son papa : « je t’aime à croquer ». Jésus nous invite à goûter à son amour au point de ne plus pouvoir nous en passer. Chacune, chacun va se déplacer pour manifester son appétit de l’amour de Dieu, même celles et ceux qu’une règle de l’Eglise éloigne du repas eucharistique. Puissions-nous murmurer tous dans notre cœur : « Jésus, je t’aime, je t’aime tellement et tant et tant que je voudrais te manger ». Et qu’alors ce soit un esprit de communion qui nous envahisse. Communier n’est pas un chacun pour soi, manger chacun dans son coin, communier c’est partager le même repas. Et puis Jésus ne vient jamais seul. Il est accompagné des membres de son humanité qui ont faim d’affection, de solidarité, de soins, qui ont soif d’amitié, de convivialité, de consolation.
Communier, c’est non seulement recevoir la visite de Dieu, mais c’est aussi accueillir le monde entier.
Le pain déposé dans le creux de ma main, c’est tout l’Amour de Dieu mais c’est aussi toute la vie de mes frères.
Communier c’est annoncer que demain est déjà arrivé que le rêve de Dieu de rassembler toute l’humanité au banquet de l’éternité est en train de se réaliser.
Communier c’est un peuple qui s’avance, un peuple debout qui se met à aimer un peuple de vivants, le peuple de l’Alliance devenant jour après jour le Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ.