Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

12ème dimanche du temps ordinaire A

12ème dimanche du temps ordinaire A

Je crains que nous ayons bien davantage peur de perdre la vie, de quitter cette terre que peur de ne pas être perçus comme des disciples fiers de Jésus le Vivant. N’avons-nous pas plutôt peur que l’on se moque de nous si nous nous affirmons être chrétiens. En revanche, ne pas être délibérément engagés jusqu’à donner notre vie pour combattre l’injustice, la faim, le rejet de l’étranger, le racisme ne nous émeut pas tant que cela. Oui de quoi avons-nous vraiment peur, de mourir ou de ne pas arriver à suivre Jésus ! Nous ici nous n’avons pas à craindre la persécution pour notre attachement à une Eglise. En revanche, il n’est pas si sûr que nous ne nous laissions pas corrompre par l’ambiance générale de notre société qui est à l’indifférence religieuse sinon à l’indifférence tout court. Sommes-nous vraiment inquiets de perdre notre âme ou ne tolérons-nous pas trop facilement que la dignité de la personne humaine ne soit pas reconnue à tous y compris aux mécréants, aux marginaux, aux monstres ? Ce n’est pas seulement à nous, qui pouvons nous estimer finalement des gens pas si mauvais que cela, que Jésus s’adresse quand il déclare : « soyez sans crainte vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux ! » Elle est là paradoxalement la peur que nous devrions avoir : celle de ne pas être à la hauteur du cœur de Dieu qui fait briller le soleil de son amour sur les injustes comme sur les justes. Et cette peur n’est pas la trouille d’être condamné comme l’Evangile d’aujourd’hui semblerait le laisser deviner. « Celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux » venons-nous d’entendre dans la bouche de Jésus. En fait, il nous provoque. Il veut nous dire : réalisez-vous bien que vous n’êtes rien si vous n’écoutez pas les élans généreux de votre cœur ? Vous avez des inquiétudes pour la survie de votre corps, vous avez peur de perdre votre existence terrestre, qu’est-elle cette vie sans supplément d’âme ? Vous perdrez tout corps et âme si vous perdez cœur. Ayez peur de cela ! Comme le dit l’apôtre Paul dans un hymne souvent choisi pour la célébration religieuse d’un mariage : « si je n’ai pas l’amour je ne suis rien ! ». C’est forts de cette conviction que nous pouvons trouver assez d’audace pour témoigner de notre foi, pour nous afficher comme chrétiens. Et cet affichage n’est pas dans la protestation, la revendication : « Je suis chrétien, voilà ma gloire ». Elle n’est pas dans la démonstration sinon celle d’une communauté joyeuse de se retrouver autour de celui qu’elle célèbre pour lui rendre grâces reconnaissant avec Saint Paul combien « la grâce de Dieu s’est répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme : Jésus Christ ». Une communauté dans laquelle Isabelle est heureuse de partager pour la première fois la Table en venant communier. Une communauté où nous nous invitons à l’appel de Jésus et avec son exemple à partir, à sortir à la rencontre de celles et ceux qui n’ont pas eu la chance, la grâce comme nous de croiser sa route. C’est votre mission à vous les parents, à vous les catéchistes que de répercuter ce que vous avez entendu dans la confidence, dans le creux de l’oreille de votre foi, de le proclamer aux enfants à temps et à contretemps non pas comme une leçon mais comme un témoignage. Faites désirer aux plus jeunes d’aller voir ce qui visiblement vous fait vibrer. Le meilleur média c’est vous au-delà des trouvailles pédagogiques et de la vertu des écrans. Les autres chrétiens et parmi eux les grands-parents ne doivent pas être en reste dans l’éveil à la foi des plus jeunes. Si nous avons le Christ dans la peau, nous ne pouvons pas ne pas en transpirer. En soulignant bien que c’est notre comportement corps et âme qui fait œuvre d’évangélisation. La piété seule n’est pas un témoignage. Il faut y joindre l’engagement viscéral pour les laissés pour compte comme Jésus l’a montré sur les routes de Palestine accordant son attention aux abîmés de la santé, aux marginaux de la société, aux rejetés de la pensée religieuse bien conforme. Le Pape François ne cesse de nous interroger en nous exhortant à aller aux périphéries. Ce n’est pas une lubie mais une obsession évangélique qu’il nous appartient de rendre plus répandue, plus populaire. Nous sortons à peine d’une période où une méchante épidémie nous a amenés à nous interroger sur ce qui est essentiel, ce qui permet de trouver du sens à l’existence, à nous questionner sur ce que sont nos solidarités au service du bien commun pour toutes et pour tous sans exception et à agir concrètement dans notre environnement. Outre le fait que la menace pour notre santé n’est pas encore exorcisée, allons-nous nous encourager à montrer qu’être chrétien ce n’est pas attendre de Dieu son intervention. C’est trouver son bonheur dans la diffusion de la Bonne Nouvelle que les pauvres sont dans le cœur de Dieu. Et heureux sommes-nous si nous avons-nous-même un cœur de pauvre. Nous faisons alors l’expérience d’être dans le cœur de Dieu.