Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

13ème dimanche du temps ordinaire A

Décidément ce n’est pas si confortable que cela d’accepter de suivre Jésus, de vouloir être son disciple. Déjà dimanche dernier, l’Evangile nous invitait à nous afficher comme chrétiens sans crainte d’être repérés à la fois comme des fous de Dieu et des inconditionnels de l’amour pour tous. Aujourd’hui, si nous tenons à être dignes de Jésus, il nous faut l’aimer en lui donnant la priorité, le suivre sur le chemin de la croix et trouver la vie en la perdant. Peut-il s’agir de cultiver l’arrachement à nos émois affectifs et l’accumulation des souffrances pour trouver la récompense promise à ceux qui suivent le Christ comme nous avons choisi de le faire ?
Non car la récompense nous dit Jésus est dans l’accueil de ce qui nous est déjà donné mais que nous avons de la peine encore à bien réaliser. Aimer son père ou sa mère, son fils ou sa fille plus que lui. Et si cette déclaration de Jésus voudrait dire que Dieu est le premier à nous aimer et que c’est son amour manifesté en Jésus qui nous inspire pour trouver la bonne et juste relation avec celles et ceux qui nous sont reliés par les liens du sang.
En fait, entendons Jésus nous dire « celui qui aime son père ou sa mère, son fils ou sa fille plus que moi je les aime n’a pas atteint l’intensité de mon amour pour eux ». N’allons pas imaginer en Jésus une quelconque jalousie parce que nous avons une profonde affection familiale et si nous nous imposions de le préférer à nos proches ce serait tomber dans le piège soulevé par l’apôtre Jean : celui qui dit j’aime Dieu qu’il ne voit pas et n’aime pas son frère qu’il voit un menteur. Essayons plutôt de nous laisser atteindre en nous-mêmes. Le Christ m’aime bien mieux que moi je m’aime moi-même. Et je ressens bien que j’ai besoin de son amour pour aimer toujours plus en vérité celles et ceux avec lesquels l’existence a engendré en moi des relations intimes. Là je peux faire l’expérience proposée aux disciples : « Qui vous accueille m’accueille et qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé ». Enfants, soyez accueillants à vos parents non pas uniquement par ce qu’ils peuvent vous apporter mais parce qu’ils sont offerts à votre affection. Parents, soyez accueillants à vos enfants non pas seulement parce qu’ils sont comme une continuité de vous-mêmes mais parce que vous voulez les aimer d’un amour qui les laisse libres d’être eux-mêmes, libres de devenir, libres de quitter. Et tous nous devons ainsi nous montrer accueillants aux relations que la vie nous présente. Choisissons de reconnaître que nous sommes frères et sœurs car les autres comme moi sont aimés de Dieu, de Jésus et font appel à mon amour. Un amour qui ne craint pas de prendre sa croix et de tout perdre pour donner. C’est ainsi que nous trouverons la récompense promise. Quelque soient nos tentatives pour sauver notre existence, sans l’amour du Christ qui lui a fait donner sa vie sur la croix, nous serons perdants. En acceptant de donner, de nous donner à la manière du Christ, nous trouverons la vie pour toujours. « Qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera ». C’est en prenant fait et cause pour l’amour témoigné par Jésus jusqu’au bout et en vivant avec nos limites et imperfections, nos réticences et aussi nos élans, que nous recevrons une récompense de prophète et une récompense de juste. La récompense de prophète sera celle d’avoir eu l’audace de croire que le ciel est possible et de faire l’expérience déjà commencée que l’avenir de l’humanité est au Royaume de l’amour pour toujours. La récompense de juste sera celle de celui qui aura passé son existence sur la terre à tenter de faire le bien dans le développement des relations affectives, amicales, dans l’entêtement du pardon et de la réconciliation, dans l’engagement du service pour le bien commun. Aucune petite action n’est insignifiante « même un simple verre d’eau fraîche ». Mais elle ne peut être, elle ne doit être que multipliée par les rencontres qui nous viennent et celles qu’aussi nous provoquons. Toute personne humaine rencontrée est l’un de ces petits, un enfant bien-aimé de Dieu qui attend de moi que je l’aime que je réponde à sa soif d’être aimé comme Jésus le Christ sait le faire. Aimons à perdre haleine car aimer sans cesse et sans fin sera notre récompense.