Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie du dimanche 30 avril

Ainsi parle le SEIGNEUR : Maudit, l’homme qui compte sur des mortels : sa force vive n’est que chair, son coeur se détourne du SEIGNEUR. (Jérémie 17, 5 TOB) Même si la tradition iconographique représente traditionnellement les disciples d’Emmaüs comme deux hommes, compagnons de route, il est possible, qu’en fait, ils soient un couple. En effet, l’évangile selon saint Jean mentionne la présence aux pieds de la croix de Jésus d’une femme, appelée Marie et épouse de Clopas (Jn 19, 25). Or, Clopas et Cléophas, en grec sont deux prénoms grecs tellement proches qu’il représente peut-être une seule et même personne. Nous aurions donc, dans le récit de Luc, Clopas/Cléophas rentrant chez lui avec son épouse qui a été témoin de la Passion du Christ jusqu’au bout. Ce couple revient donc ensemble chez eux après les terribles évènements de la Passion. La présence de cette femme de Clopas aux pieds de la croix de Jésus renforce alors d’autant la souffrance et la déception que l’on pressent dans la mention du découragement après l’espérance (Lc 24, 21). Ecouter ce texte aujourd’hui dans notre contexte populaire national et même international a quelque chose de tragique. Mais c’est aussi source de réconfort. Le couple est en train de dialoguer (verbe OMILEIN) sur la route et peu à peu cela se transforme en quasi dispute (ambiguïté du verbe SUZETEN qui a les deux sens de discuter et se disputer). Ils avaient suivi un leader charismatique opérant des signes et des prodiges parmi le peuple (cf. Actes 2, la 1ère lecture d’aujourd’hui), un grand prophète et ils l’avaient acclamé comme un roi à son entrée à Jérusalem car ils espéraient qu’il allait apporter la délivrance d’Israël. Il allait rendre la souveraineté à un peuple occupé par des forces étrangères. Il allait rendre la fierté à cette population opprimée. Il allait rétablir la justice en favorisant l’équité entre pauvres et riches. Parfois, à l’instar de ces disciples d’Emmaüs, nous pouvons comprendre l’enseignement de Jésus comme un discours électoral rempli de promesses toutes plus belles les unes que les autres. Ces déceptions multiples teintent leur cœur d’une certaine aigreur, presque une violence qui les conduit à se disputer. Elles le teintent également d’un découragement et d’une désespérance jamais aussi forte que lorsqu’on a le sentiment d’avoir été trahi dans ses aspirations. Et voilà que Jésus les rejoint au beau milieu de leur conversation animée. Le Christ ressuscité vient aussi marcher à nos côtés, au milieu de nous qui nous déchirons sur Facebook, au travail ou en famille en ces temps d’élection. Comme pour eux, le Christ vient marcher à nos côtés mais nos yeux sont empêchés de le reconnaître. Saint Luc ne précise pas ce qui provoque cet aveuglement dans son évangile. Mais dans le discours de Pierre dans les Actes (Ac 2), il énonce l’expérience de foi décisive des croyants : ils ont compris à la suite du chef des Apôtres qu’ « il n’était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir ». Les disciples d’Emmaüs peuvent nous ressembler quand nous croyons que les forces de la mort peuvent retenir en leur pouvoir la vie du Christ ressuscité dans nos vies ou dans celle de notre pays, de notre monde. Aujourd’hui, il y a bien des témoignages, des discours répétés de l’Eglise, de saints et de saintes, de prophètes, de justes mais nous ne voyons pas Jésus ressuscité comme nous voudrions le voir. Tout se passe comme s’il nous était insupportable qu’Il nous résiste et que ce ne soit pas nous qui fixions les règles du jeu de la foi. C’est un peu comme si nous voulions être les concepteurs, l’arbitre, la banque et un joueur du Monopoly. Devant cette impudence, Jésus se fâche « cœurs lents à croire… » ! Mais, il ne pratique pas la politique de l’abstention ou de la chaise vide qui ne sont jamais un bon choix. Il persévère auprès de ses disciples. Il invite à entrer à nouveau dans la longue Histoire biblique car il est impensable d’appréhender le présent sans nous référer à ceux qui nous ont précédés. Il part de Moïse et des prophètes, les deux grandes parties de la Bible hébraïque (Torah et Neviim) et il explique tout ce qui le concernait en centrant sa parole sur le fait que le Messie devait passer par la Passion. L’amour et le service dont le degré suprême est l’engagement en politique pour le bien commun comme l’exprimait Pie XII sont réels et vrais quand ils passent au creuset de la fidélité jusqu’au bout, du pardon envers ceux qui ont offensé et de l’acceptation d’être rejeté. Les succès faciles, les paroles qui flattent ou qui cherchent à séduire ? Très peu pour Jésus ! Tout en parlant, les voilà arrivés à bon port et là, dans l’auberge, ils vont le reconnaître à la fraction du pain, dans ce geste d’unité et de partage. Que l’eucharistie de ce soir et la méditation de la Parole de Dieu réchauffent nos cœurs pour que nous soyons des ouvriers de paix et de dialogue en ces temps de tension.