Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie du 29ème dimanche ordinaire

Il ne faudrait pas que nous ayons la maladresse de tomber dans le piège tendu à Jésus par les pharisiens. On se trompe si l’on interprète le « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » comme un appel à distinguer le spirituel du temporel. En ces temps où la laïcité est interrogée, où des odieux assassinats sont exécutés au nom de la religion, où des lois sur la bioéthique provoquent dans leur élaboration de légitimes réactions au nom de la personne humaine image de Dieu, il peut être tentant de mettre au même niveau la fidélité aux formes humaines du pouvoir et la fidélité à celui qui met à la disposition des femmes et des hommes ce monde à charge pour eux de l’organiser. Payer l’impôt, obéir aux lois c’est remplir un devoir que la vie en société demande pour que ce soit vivable et moins injuste. Rendre à César c’est respecter en ceux qui l’incarnent l’image d’un style de gestion de la vie ensemble. Tandis que rendre à Dieu c’est rendre grâces pour un Royaume en gestation. Le Royaume de Dieu qui se réalisera dans la Résurrection où il n’y aura plus d’injustices, de violences du pouvoir, de gens maltraités. Il n’y aura plus des effigies des grands de ce monde gravées sur les monnaies. Les images seront les visages des pauvres de cœur tout entiers comblés par le seul Seigneur, le Seigneur de l’amour. Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, ce n’est pas faire le tri entre ce que nous estimons qui est bien dans les décisions politiques et ce que nous rejetons. C’est offrir la réalité du monde avec ses beautés et aussi ses scandales, ses opérations de développement et aussi ses égoïsmes, ses invitations à la fête et aussi ses tensions. C’est présenter cette réalité du monde à l’amour de Dieu pour que le bon s’épanouisse et que l’inhumain devienne humain en Jésus qui a tout pris de notre humanité pour la faire passer en Dieu. Il ne s’agit pas pour autant de se désintéresser de la manière dont les êtres humains organisent la vie en société sur la terre. Nous ne pouvons pas en vérité rendre grâces à Dieu sans chercher à vivre de l’amour qu’il a pour l’humanité et de son projet de la rassembler dans son Royaume.
L’apôtre Paul trace un chemin pour les disciples de Jésus en adressant une lettre aux chrétiens de Thessalonique. Nous l’entendions dans la 2ème lecture. « Nous rendons grâce à Dieu parce que votre foi est active que votre charité se donne de la peine et que votre espérance tient bon… ». Il s’agit d’orienter sa vie quelque soit le régime politique dans lequel on vit selon la Royauté de Dieu, celle qui ne passe pas.
A voir une foi active, c’est se convaincre d’une présence à nos côtés qui nous accompagne quelque soit ce qui arrive. Non pas être à longueur de temps sensible à cette présence : il y a des périodes de doute, de nuit. Mais continuer malgré tout à rendre possible cette présence par le maintien de la prière, la fréquentation des sacrements, un abandon ressemblant à celui du tout petit se laissant porter par la tendresse de gestes secourables.
Une charité qui se donne de la peine, courir le risque de la rencontre dans tous nos contacts. Tout autre personne est mon prochain. Partager nos biens et aussi nos idées, nos opinions même quand elles divergent, pratiquer l’ouverture en nous vidant de tout ce qui fait que je cherche mon propre intérêt, que je suis jaloux, que je me compare à mon avantage, vivre la relation en accueillant d’être aimé par l’autre. Tenir bon dans l’espérance, cette semaine, dans une réunion d’une équipe de chrétiens en Mouvement VEA a été proposée une prière « Seigneur, apprends-moi à espérer ? »
Espérer, c’est respirer
Seigneur, transforme-moi en être mobile, curieux de respirer un air toujours différent.

Espérer, c’est marcher
Seigneur, donne-moi de repartir à nouveau et à nouveau.

Espérer, c’est être en route
Seigneur, apprends-moi à aimer cette grande migration qu’est la vie.

Espérer, c’est désirer
Seigneur, cultive en moi l’énergie du désir.

Espérer, c’est imaginer
Seigneur, éveille en moi l’inimaginable de ta Parole.

Espérer, c’est être pétri d’avenir
Seigneur, fais-moi passer, traverser, aller de moi vers l’autre

Espérer, c’est faire confiance en l’avenir
Seigneur, devant toi, avec toi, je dis « oui » à l’inconnu de la vie

Oui à l’inconnu de la vie
L’inconnu car aucune autorité sur la terre, même la plus fidèle aux commandements de l’Ecriture ne peut correspondre exactement à la réalité du Royaume de Dieu.
L’inconnu de la vie car ce qui nous attend c’est le rendez-vous de la civilisation de l’amour pour toujours.
Et cela c’est le domaine de Dieu qui nous échappe encore.