Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie de la veillée de 21H

Dans la nuit de Noël, marchent un homme et une femme, et ils ne sont pas accueillis. Ouvrir sa porte à une femme sur le point d’accoucher, c’est certes beaucoup de dérangement ! Un accouchement, c’est un moment qui requiert de la place, de l’attention de tous, il faut aller chercher la sage-femme dans la nuit, c’est sale, c’est fatigant, c’est exigeant. Bref : ça dérange.

Marie et Joseph n’ont pas de rétribution à échanger contre un tel accueil. C’est un premier niveau d’explication possible, qui nous pousse, dans l’accueil que nous faisons aux demandes des autres, à comprendre que nos vies, comme celle de jeunes parents qui accueillent un premier enfant, ne resteront pas les mêmes si nous donnons suite. Elles seront bousculées. Il faudra faire de la place, « prendre dessus », comme la veuve qui prend sur sa vie pour donner au temple. Sommes –nous prêts à nous bouger, au sens propre du terme, et non à ajouter à notre vie ?

Mais rien ne nous dit que Joseph, qui a un bon métier et est reconnu dans sa communauté, soit vraiment pauvre. S’il l’était, de plus, je crois que cela ne serait en vérité pas un problème. Les pauvres s’accueillent entre eux, parce que eux savent qu’ils n’ont pas d’autre solution, contrairement aux riches. Sans angélisme, les pauvres sont parfois plus pragmatiques, moins conceptuels dans la charité, et c’est ce qui fait qu’ils sont plus proches de Dieu. S’il est si difficile pour un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu, comme dans un trou d’aiguille pour un chameau, ce n’est pas uniquement par mauvaise volonté ou par égoïsme. C’est aussi parfois par cécité, par aveuglement. Des fraternités se créent dans les files des Restau du cœur, du Secours catholique ou sur les chemins de l’exil.
Alors qu’un riche, sa carte bleue en poche, a toujours de multiples solutions. Acceptons-nous de nous décaler, de prendre conscience de notre confort ? Pico Bogue demande un jour à son père si, dans le cas où on partagerait tout entre les humains de la planète, ils pourraient toujours disposer d’une maison, même à un seul étage. Et son père répond qu’il ne sait pas. Alors Pico, sans pitié : et si tu le savais, je crois que la réponse t’énerverait.

Ce sont des questions essentielles tant les besoins sont importants et croissent, tant le modèle de reprise « en K » nous classe inéluctablement d’un côté ou de l’autre. Même sans couvre-feu, il est peu probable qu’une femme montée sur un âne nous dérange au milieu de la dinde de Noël pour nous demander asile. Il est peu probable qu’un Lazare aux plaies purulentes s’installe juste sous nos fenêtres. Non, les pauvres qui frappent à notre porte aujourd’hui le font à pas feutrés, via les médias, via les demandes des associations, les sollicitations de notre paroisse. Libre à nous de ne pas entendre ou de garder nos portes fermées en pensant qu’il y a d’autres solutions pour eux, une autre personne en charge. Il faut revenir à l’aubergiste, vilipendé. Lui, c’est de la survie de son activité qu’il s’agit – et ça nous parle bien cette année. Peut-être le recensement attire-t-il du monde qu’il faut loger. Les faire entrer dans la salle commune (alors qu’il y a déjà plus de 6 adultes) ? Demander à un client de leur céder sa chambre ? Mais il trouve quand même une solution, aussi imparfaite soit-elle, qui offre à la Vierge abri, chaleur, et relative intimité. Peut-être même change-t-il la paille, qui sait ?