Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie Epiphanie

Homélie Epiphanie 2021

REPETITION ?

Chaque année, les mêmes fêtes qui structurent notre calendrier reviennent. Cette dimension répétitive du temps peut parfois fatiguer, décevoir ou énerver.

Fatiguer car nous pouvons avoir l’impression de recommencer la même chose. C’est particulièrement vrai pour les fêtes religieuses si nous en restons à l’extérieur, à la surface de ce qu’elles nous font vivre. Les mêmes textes reviennent et nous avons l’impression de connaître par cœur. Si cela pouvait être par le cœur ! La ritualité peut avoir un effet lassant car son fondement est la répétition.

Décevoir car « nous ne nous baignons jamais dans le même fleuve » comme disait le philosophe. S’il nous est arrivé de vivre quelque chose de fort dans notre passé à l’occasion d’une fête, nous pouvons avoir le désir de revivre cette forte expérience mais nous savons bien que l’on ne revit jamais deux fois les mêmes émotions. C’est souvent le cas à Noël où nous espérons revivre des joies de l’enfance en oubliant que celles-ci ont souvent été enrichies et embellies par les années passées et la conscience grandissante de l’amour reçu alors.

Enerver car notre désir de nouveauté peut s’exprimer parfois dans un rejet de ce qui a déjà été vécu. Je peux alors jeter le bébé avec l’eau du bain en assimilant la répétition avec le contenu que l’événement répété signifie.
La conception du temps cyclique emprisonne en fait l’homme en le condamnant à revivre sans cesse les mêmes choses. C’est pourquoi la Bible a été accueillie dans l’Histoire de l’humanité comme une source de libération inouïe car elle introduisait une conception du temps comme la course d’une flèche vers sa cible finale et non pas comme un éternel retour. Pourtant, le cycle de l’année liturgique avec ses fêtes le structurant peut nous donner l’impression de revenir à ce cercle infernal du temps réitéré.

ACTUALISATION 

Si c’est le cas, c’est que nous n’avons pas compris et accueilli le fait que les fêtes qui célèbrent les mystères de la vie du Seigneur (Noël, Epiphanie, Pâques, etc.) ne nous font pas revenir dans le passé pour nous rappeler un événement historique comme lorsque nous fêtons le 11 novembre autour de la stèle du monument aux morts.

Ce que les fêtes liturgiques nous font vivre dans la foi chrétienne c’est l’actualisation des mystères de la vie du Christ et du peuple de Dieu. Noël, ce n’est pas la naissance de Jésus il y a deux mille et quelques années, ce n’est même pas l’anniversaire de Jésus, c’est Jésus naissant aujourd’hui dans notre humanité, dans ma vie, dans mon histoire et dans celle du monde de 2021.

C’est donc valable pour cette Epiphanie célébrée aujourd’hui. Nous sommes aujourd’hui invités à mettre nos pas dans ceux des mages qui se sont levés et ont quitté leur pays pour suivre une étoile.

ETOILE

- Les mages ont été guidés par une étoile. Au fond beaucoup de jeunes (et de moins jeunes) pourraient se sentir proches des mages dans cette démarche car nombre d’entre eux règlent leur vie, leurs opinions, leurs manières de s’habiller suivant l’exemple des stars. Ce faisant, ils peuvent tomber dans le piège que décrivait très bien Jean-Jacques GOLDMAN dans sa chanson La vie par procuration.
Les mages, eux, ne sont pas passés à côté de leur vie, ils n’ont pas regardé les autres vivre à leur place de grandes aventures. Ils ont risqué une grande aventure, finalement LA grande aventure : chercher la lumière.

- La lumière de l’étoile ne vient pas d’elle-même, elle ne fait que refléter celle de la source de la lumière, le soleil. Analogiquement, cela nous aide à approcher du mystère divin qui ne se laisse contempler que par les traces qu’Il laisse dans nos vies. Dieu ne se laisse pas contempler comme le soleil directement car Il brûlerait non pas nos yeux mais nos âmes. Il nous guide donc par une simple étoile, un reflet de Sa lumière. C’est la marque de Son humilité qui ne veut pas nous éblouir, nous aveugler mais qui éclaire et nous permet de nous diriger dans les nuits de nos existences. Encore faut-il accepter d’apprendre à connaître les étoiles et ne pas nous laisser éblouir par les lumières artificielles qui trop souvent polluent nos cieux nocturnes.

- Les mages représentent les nations qui viennent adorer le roi des Juifs. Ils sont l’incarnation de l’universalité de l’humanité dans sa diversité de cultures, de langues, de religions qui viennent se prosterner devant un nouveau-né fragile en qui ils reconnaissent le roi des Juifs. Cet enfant ne porte pas une étoile jaune sur son vêtement mais une étoile d’or brille au-dessus de sa maison. Pourtant, entre l’enfant de Bethléem et ceux des années 30 et 40, il y a tant de ressemblances : leur appartenance au peuple choisi par Dieu parce qu’il était le plus petit de tous les peuples (Dt 7, 7) et leur position de faiblesse.

- Les mages ont fait l’expérience que tout être humain peut faire en contemplant un ciel étoilé : la conscience d’un ordre mystérieux qui nous dépasse infiniment, dans lequel nous ne sommes quasiment rien mais qui nous permet de vivre.

- Les mages cherchaient un roi-enfant et non pas un enfant-roi !

- Les mages ne sont pas laissés berner par un roi avide de pouvoir mais qui était prêt à tuer des enfants innocents pour conserver son trône.

- Les mages ont perçu grâce à l’interprétation des Ecritures (deux prophéties accolées ensemble car l’Ecriture est faite pour être lue en s’assemblant) et grâce à l’étoile réapparue que ce n’était sous les ors des palais que pouvait se trouver la vraie lumière. Mais c’est dans l’enfant et sa mère, dans le regard d’un enfant, dans la présence de Marie auprès de Jésus que Dieu se donne à voir. L’adoration devient alors la seule réponse exprimant l’émerveillement de l’homme devant la grandeur de l’humilité divine. Que cet esprit d’adoration nous habite pour aimer et défendre la vie des bébés, surtout des plus fragiles, ceux qui sont encore dans le ventre de leur mère.