Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie du dimanche 27 juin 2020

13ème dimanche du Temps Ordinaire, année B / 27-06-2021
Sg 1, 13..24 / Ps 29 / 2 Co 8, 7-15 / Mc 5, 21-43
« Mort, où est ta victoire ? » (1 Co 15,55).
Ce cri de Saint Paul à la fin de la première lettre aux Corinthiens pourrait résumer à lui seul les textes que nous venons d’entendre.
« Mort, où est ta victoire ? ». Il y a eu cette maxime du livre de la Sagesse dans la première lecture « Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants ; il les a tous créés pour qu’ils subsistent ».
Il y a eu ces versets du psaume — « tu as changé mon deuil en une danse, mes habits funèbres en parure de joie ».
il y a eu, surtout, ces deux récits imbriqués de l’évangile — la résurrection de la fille de Jaïre — elle a douze ans — et la guérison d’une femme qui a des pertes de sang — elle aussi depuis douze ans.
Jésus est rejoint par un père suppliant, le chef de la synagogue : sa fille est à toute extrémité. Un peu plus loin, on apprend qu’il est trop tard : les gens de sa maison annoncent la mort de la jeune fille. Entre temps, une femme qui a des pertes de sang s’est approchée de Jésus. Le sang, c’est la vie. Lorsque le sang s’écoule, c’est la mort.
Jésus guérit cette femme. Il ressuscite aussi la jeune fille — même si le terme est impropre : il faudrait plutôt parler d’une « réanimation » ; d’un retour à la vie d’avant, contrairement à Jésus qui lui après la résurrection ne meure plus.
Dans les deux cas, la vie triomphe. En ces deux évènements, le mystère de Pâque est préfiguré. Le mystère de la croix et de la résurrection.
Le récit de Marc, écrit bien après la résurrection est chargé de l’expérience pascale des premiers chrétiens. Dans sa manière de raconter ces évènements, de nombreux indices nous révèlent que Marc pense à la résurrection de Jésus.
Ainsi, les trois qui accompagnent Jésus — Pierre, Jacques et Jean — sont les mêmes qui l’accompagneront à la fois au jardin des oliviers, au moment de la passion et sur le Mont Thabor, au moment de la transfiguration.
Ainsi, avec le vocabulaire employé par Marc — « la jeune fille se leva et se mit à marcher ». Le verbe « se lever » avec le verbe « se réveiller » sont les deux termes les plus fréquemment utilisés pour décrire ce phénomène unique de l’histoire des hommes — la résurrection.
Ainsi, les gens qui se moquent de Jésus lorsqu’il dit « elle n’est pas morte, elle dort ». Les foules se moqueront de lui au pied de la croix.
« Mort, où est ta victoire ? ». Les deux récits imbriqués de l’évangile d’aujourd’hui disent la puissance de vie qui émane du Christ avant même son offrande sur la croix. Puissance qui veut atteindre les germes de mort qui traversent nos existences.

L’une et l’autre guérison le disent pareillement... Elles le disent avec une différence essentielle.
La femme victime de pertes de sang vit un drame intérieur que personne ne connait. La fille de Jaïre elle est atteinte d’un mal dont tout son entourage a connaissance.
Il y a parfois des drames dans nos existences qui sont cachés aux yeux des autres. Des choses intimes, que nous ne souhaitons pas voir dévoilées.
Dans la culture hébraïque, le sang est synonyme d’impureté. Cette femme a honte et ne se sent pas digne d’approcher le maitre.... Elle vient, par derrière.
Jésus sent une force sortir de lui et il interroge la foule : « qui m’a touché ». La femme se dévoile. « Toute tremblante », elle « vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité ».
Si nous sommes habités par une honte secrète au fond de nous, n’ayons crainte de nous approcher du maitre de la vie. S’il en est nécessaire, demandons une grâce de libération, de lucidité. Consentons au regard aimant de Dieu sur notre existence — en particulier dans le sacrement du pardon. La vérité rend libre. Rien de ce que nous pouvons reconnaitre devant le maitre n’est pas digne de sa miséricorde. Chacun de nous est une terre sacrée où Dieu veut faire sa demeure.
Avec la fille de Jaïre, l’oeuvre de mort est autre. Le mal de la jeune fille est connu. Son entourage, impuissant, s’agite, pleure et pousse de grands cris.
us sommes parfois témoins impuissants de choses qui nous dépassent et qui sont douloureuses.
Au plan personnel, des relations compliquées ou les soucis de santé d’un proche...
Au plan communautaire, la tournure que prennent des évènements et que nous aurions souhaitée autre parce qu’a nos yeux, cette tournure entraine une « certaine mort » ; en ce sens qu’ils abîment l’homme lui-même et les relations entre les hommes. Avec, au bout, la tentation du découragement ou même de la désespérance.
Sur ce versent, ce matin, je pense à l’issue désolante de débats concernant la loi de bioéthique, qui devrait être définitivement entérinée mardi prochain par l’Assemblée nationale. Début juin, le conseil permanent des évêques de France alertait à nouveau sur le contenu cette loi je cite un extrait de la déclaration : « Une fois de plus, la loi prétend autoriser des transgressions nouvelles en les « encadrant ». Mais jamais un cadre ne tient. Inéluctablement, il finit par être effacé. Encadrer, c’est autoriser. L’humanité a grandi en s’imposant des interdits : interdit de tuer un innocent, interdit de l’inceste, interdit du vol, interdit du viol. Mêler des cellules humaines et des cellules animales ne peut pas être simplement encadré : ce qui doit être interdit, doit l’être clairement (...). Encadrer la recherche sur les embryons humains alors que cette recherche ne sera pas au bénéfice de l’embryon traité, c’est se permettre de les manipuler comme un simple matériau ».

Face à des oeuvres de mort, parfois, nous pouvons faire quelque chose pour infléchir l’avenir par nos initiatives, nos démarches, nos efforts, notre bonne volonté. L’usage de notre liberté pour nous adapter ; prendre notre part.
Parfois des situations douloureuses sont irréversibles. C’est le cas quand survient la maladie — nous pouvons simplement accompagner. Etre présent et tenir la main de celui qui part.
Jésus, s’approchant de la fille de Jaïre, lui saisit la main. En Jésus, pas l’ombre d’une résignation au mal. L’acceptation victorieuse de Jésus sur la croix — acceptation de l’inadmissible — est le contraire même d’une résignation.
Par le don de sa vie, par l’amour donné jusqu’au bout, Jésus s’est rendu vainqueur de la mort. Il vient détruire les germes de mort qui veulent abîmer nos existences.
« Ma fille, ta foi t’a sauvé » dit Jésus à la femme qui a des pertes de sang. « Ne crains pas, crois seulement » dit Jésus à Jaïre.
Alors en ce jour, s’il fallait garder dans le coeur un seul enseignement, c’est l’attention au mystère de Dieu, présent à nos côtés, même dans l’épreuve ; surtout dans l’épreuve... L’acte de foi. « Crois seulement ».
En toute oeuvre de mort, qui nous abîme, Jésus est là et nous tient la main. Il est le maitre de la vie.
Nous nous souvenons qu’au fondement de toutes nos inquiétudes, il y a notre cri vers Dieu. « Un pauvre cri le Seigneur entend » (Ps 33). Nous disposons ainsi notre coeur pour recevoir du Seigneur l’élan, l’enthousiasme, la paix. La liberté de rester fidèle.
Dimanche dernier, à l’église Sainte Thérèse, trois jeunes ont été ordonnés diacres en vue d’être bientôt prêtres. Cet après-midi, au Mans, deux autres — Antoine et Gaël — seront ordonnés prêtres. Dimanche dernier, j’ai demandé à Antoine l’évangile il avait choisi pour ce jour : « si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. S’il meurt, il donne beaucoup de fruits ».
Parole merveilleuse qui accompagnera cet après-midi leur geste d’espérance lorsqu’ils s’allongeront au sol pour signifier leur offrande. Ils diront par-là leur certitude d’être portés par le Seigneur des vivants, pour que leur vie soit féconde, dans les combats à mener ici-bas.
« Mort, où est ta victoire ? ». Lorsque survient le doute, la fatigue, l’envie de baisser les bras, laissons retentir le verset qui suit cette question posée aux Corinthiens... « rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ ».
À chaque instant, n’ayons crainte, de nous approcher du maitre de la vie, ne serait-ce que pour toucher la franche de son manteau.
Il est toujours fidèle. Amen.