Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie Toussaint 2021

Homélie Toussaint 2021

Vous le savez frères et sœurs, chers amis, il y a quelques mois j’ai perdu ma maman après une maladie brutale et rapide et forcément cette fête de Toussaint et plus encore demain, jour de prières pour les défunts, prend un sens et un visage, un relief assez nouveau pour moi. Je voudrais vous partager ce matin un peu des quelques fruits de méditation à partir de ces lectures que nous venons d’entendre sur notre lien avec les défunts et sur notre espérance que nous fêtons aujourd’hui en célébrant aujourd’hui avec toute l’Eglise du ciel et de la terre, les Saints connus et inconnus. Parce que mon espérance pour ma maman comme pour tous les défunts – mon espérance que je mets en Dieu – c’est qu’elle ait sa robe, c’est-à-dire le vêtement de sa vie, tout ce qu’elle a fait, que tout cela soit purifié, lavé par le sang de l’agneau, c’est à dire par la passion, la mort et la résurrection de Jésus ; parce que je sais bien ( parce que je la connaissais bien) que maman comme tout le monde avait non seulement ses défauts mais sa part de ténèbres, de complicité avec le mal aussi douce, aussi maternelle, aussi bonne était-elle. Elle ne peut en effet correspondre, comme aucun de nous, au descriptif qui nous est donné par le psaume de ceux qui sont dignes de gravir la montagne du Seigneur et de se tenir dans le lieu saint. Voilà ce que répond le psalmiste, ceux qui sont dignes de Dieu c’est l’homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles. Je vous pose la question à vous les enfants, je vous pose la question à vous parents, adultes, jeunes et à vous les plus anciens de notre assemblée : qui d’entre nous peut dire qu’il a les mains pures, innocentes et qu’il a le cœur pur ? personne. Et même les gens que nous aimons le plus, si nous les aimons vraiment et si nous ne nous laissons pas aveuglés par un mauvais sentiment affectif, nous devons reconnaître, nous reconnaissons, nous le savons bien que aussi sont touchés, salis par des mains qui se sont laissé toucher, corrompre par l’injustice. Oh, ce sont des choses toutes bêtes : l’injustice dans le traitement de nos enfants, dans le traitement avec nos frères et sœurs ; c’est dans notre capacité de garder rancune avec un frère ; c’est dans le fait de jouer le rôle de chouchou vis-à-vis de sa maman ou de son papa ; ça se joue aussi dans notre commerce, dans la manière dont nous avons fait carrière, dont nous avons travaillé, où nous avons pu chercher notre intérêt avant tout, quitte à ce que l’intérêt de l’autre avec qui j’ai pu être associé, passe après.

Ces exemples, je ne les tire pas de n’importe où, ils sont très concrets, très parlants je crois, parce qu’ils viennent de la vie de Jacob. Je voudrais vous parler ce matin de Jacob, parce que dans ce psaume qui nous donne la clé de la fête de Toussaint, nous sommes invités à nous convertir vis-à-vis d’un de nos plus grands ennemis. Vous savez que le plus grand ennemi du chrétien c’est l’Idéal. Plus j’avance et plus je le crois profondément : l’idéal de nous-même, l’idéal de vie, l’idéal de notre vocation. Nous projetons une idée de nous-même depuis notre enfance, et parfois nous nous mentons à nous-même. Nous nous sommes construit une sorte de personnage que nous jouons pour les autres et parfois aussi, pire, pour nous-mêmes et nous nous aveuglons. Jacob est le remède, dans ce psaume, à ce grand ennemi qu’est notre idéalisation de nous-même. L’idéal du chrétien c’est un idéal de charité, de partage, de pardon, de justice et tout cela est bon ; et que nous ayons le désir de suivre le Christ en agissant ainsi, est bon, beau et vrai. Le problème c’est que comme nous le disait le psalmiste, il nous faut bien reconnaître qu’au soir de notre vie, personne ne pourra dire : « j’ai eu le cœur pur, j’ai eu les mains innocentes ». Tous, nous devrons crier miséricorde, demander miséricorde à Celui qui, seul, a eu le cœur pur et les mains innocentes : le Christ Jésus et qui seul peut nous laver par Sa Passion, par Sa croix, parce qu’il est l’agneau qui a versé son sang pour nous. Ce qui est très intéressant dans le Psaume 23, c’est qu’au tout début on nous présente une sorte d’homme idéal, celui qui peut accéder à la montagne de Dieu, c’est cet homme pur, ces mains innocentes. Or, nous venons de prendre conscience qu’aucun de nous ne peut y correspondre ; et nous pourrions alors tomber dans le deuxième grand ennemi du chrétien qui est conséquent au premier : c’est que comme notre idéal, ce qui nous avait mis en mouvement depuis notre enfance, à un moment ou un autre est détruit, (notre idéal de couple, de métier, de vocation), nous pouvons à ce moment là tomber dans ce deuxième grand piège qui est la désespérance, le découragement profond.

Or, voilà que le psaume nous présente -à la fin- comme modèle Jacob, Jacob qui recherche la face de Dieu. Parce qu’il recherche la face de Dieu, il obtient la bénédiction et de Dieu son Sauveur, la justice. Or, quand nous regardons la vie de Jacob, il faut reconnaître que ce n’est pas brillant ! Jacob, c’est le chouchou de sa maman Rebecca ; Jacob va usurper la bénédiction et la place de son frère Esaü ; Jacob va être injuste dans le traitement, dans les relations avec ses femmes, avec ses enfants ; il va être injuste et malhonnête dans ses actions avec son beau-père avec qui il est en GAEC avant l’heure si je puis dire : ils ont le même troupeau ; mais Jacob ne garde pour lui que les belles brebis, les beaux moutons, les beaux boucs, les beaux béliers et il laisse le reste à son oncle. On pourrait comme cela sans oublier sa manière d’être en relation avec Dieu. Jacob, qui pourtant est un patriarche, a une manière très, très particulière de prier. Il dit au Seigneur : je veux bien que tu sois mon Dieu, je veux bien croire en Toi mais à condition que tu me donnes la richesse, la bénédiction, la protection que je revienne sain et sauf et que tout réussisse. Ne sommes-nous pas un peu comme cela ? Honnêtement ?
Voilà l’espérance de la Toussaint : c’est que malgré tout cela, malgré toutes ces imperfections, malgré tout cet idéal parfois cassé, ce que nous propose le Psaume, c’est de nous mettre dans les pas de Jacob. Quel est le salut de Jacob ? ce n’est pas dans le fait qu’il ait fait tout cela ; parce que tout cela est mauvais, mais il a continué à chercher la face de Dieu. Il a continué à vouloir regarder Dieu, et c’est pour cela que le texte des Béatitudes, l’Evangile de ce jour, est si important, notamment cette Béatitude qui résume tout : Bienheureux les cœurs purs car ils verront Dieu. Saint Jean avait fini la deuxième lecture avec cette phrase : quiconque met en lui une telle espérance, se rend pur comme lui-même est pur. C’est quoi l’espérance qui va nous purifier ? C’est de croire profondément, de toutes nos forces, de toute notre intelligence, que nous serons semblables à Dieu parce que nous le verrons tel qu’il est. Nous verrons Dieu tel qu’il est, c’est là notre espérance, c’est le chemin de la sainteté. Mais le chemin de la sainteté ce n’est pas pour après la mort seulement, c’est dès à présent. Dès à présent je peux chercher à voir Dieu dans cette eucharistie, dans ce pain de vie, dans l’assemblée que nous formons tous ensemble, le corps du Christ l’Eglise, dans le visage même meurtri, même souillé de mon frère, de ma sœur, et même dans mon cœur qui peut être tenté par le découragement et la désespérance. Que cette fête de Toussaint nous aide à grandir dans cette espérance pour nous, pour nos défunts. Amen