Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie du baptême du Seigneur

Homélie du baptême du Seigneur

Communion, participation, mission

Benjamin va commencer dans quelques minutes à marcher avec nous. Benjamin est un jeune bébé de 3 mois. Benjamin va être baptisé dans un instant. Il va entrer dans la communion de l’Eglise. Il va commencer à participer à la mission de l’Eglise.

La communion de l’Eglise

L’Eglise est un mystère de foi. Elle n’est pas une ONG ni même une association de croyants. Il y a quelque chose en elle qui l’anime et lui permet de dépasser les contraintes et les limites historiques dans lesquelles elle est insérée ; il y a quelque chose en elle qui lui permet de vaincre les péchés et les crimes de ceux qui la composent ; il y a quelque chose en elle qui lui permet de rassembler des hommes et des femmes si différents.
L’église est un mystère de foi parce qu’elle croit à l’amour de communion et pas de fusion.

L’adolescent qui découvre émerveillé le pouvoir et le plaisir des émois amoureux croit souvent qu’aimer c’est se noyer dans l’autre, dans l’encre de ses yeux plus bleus que le ciel.
L’aimé s’unissant à son aimée veut parfois aspirer dans le souffle du baiser l’âme ou le cœur de celle qu’il aime et étreint. Il désire devenir une seule chair avec elle.
Le parent émerveillé par le don de la vie et la naissance de l’enfant embrasse la peau lisse et tendre du bébé et la goûte presque : « je te mangerais » dit-on souvent en riant au jeune enfant mi terrorisé mi ravi de cette attraction qu’il suscite.

Toutes ces manifestations représentent le risque de l’amour fusion, de l’amour fusionnel. La fusion est le contraire de la communion.

En devenant chrétien par le baptême, nous ne sommes pas plongés dans un amour fusionnel mais dans un amour de communion.
Dans la Trinité, c’est l’Esprit Saint qui expriment le mieux cette communion. Dans l’évangile de ce jour, il descend du ciel, c’est à dire du Père, sur Jésus sous une forme corporelle. Entre le Père et le Fils il y a un espace, une place pour quelqu’un d’autre qui est l’amour du père pour le Fils et du Fils envers le Père. L’amour fusionnel ne permet pas cela : il n’y a de place pour personne d’autre dans notre couple, dans notre amitié, dans notre bande d’amis, dans notre mouvement d’église, dans notre pays, dans notre famille…
La fusion ne supporte pas l’irréductible distance entre les êtres. Elle veut nous faire croire que nous pouvons être transparents, indissociés.

La communion rassemble en respectant la différence et l’identité de chacun. En s’unissant, les époux deviennent de plus en plus une seule chair, c’est à dire à la fois une unité et l’expression et la garantie de leur personnalité propre ; ils deviennent de plus en plus soi-même chacun.
Le Père permet au Fils d’être de plus en plus le bien-aimé, il ne le mange pas, il ne l’absorbe pas.
Et celui qui permet cela, c’est l’Esprit Saint.
C’est lui qui agissant aujourd’hui comme âme de l’Eglise permet qu’en son sein Jésus-Christ soit toujours vivant, parlant, agissant, guérissant, fortifiant, priant, enseignant.
C’est lui qui en descendant sur Benjamin comme il est descendu sur Jésus va nous permettre d’entendre pour ce bébé les mêmes paroles divines : « tu es mon fils bien aimé. »
La différence entre Benjamin et Jésus c’est la blessure du péché qui n’a pas souillé le fils de Dieu et de Marie. Aussi Benjamin est-il plongé dans l’Esprit Saint purificateur pour qu’il devienne participant du corps du Christ qu’est l’Eglise. Aussi Benjamin a-t-il besoin d’être éduqué dans la foi, l’espérance et la charité par ses parents et par la communauté chrétienne pour qu’il découvre que sans l’Esprit Saint il ne peut pas participer au Christ et que sans l’Esprit Saint il ne peut pas être missionnaire.