Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie Dimanche 16 janvier 2022

Les noces de Cana…

Peut-être que pendant les vacances de Noël, certains parmi vous ont regardé la série « the chosen », « l’élu », dont 8 épisodes ont été diffusés à la télévision – on peut encore les voir en replay sur la chaîne C8.

L’élu, c’est Jésus. Cette série nous permet d’approcher le mystère de sa personne à partir de son entourage, les disciples – en particulier Matthieu, Simon, André – mais aussi Marie de Magdala ou encore Nicodème.

L’un des épisodes raconte les noces de Cana. Comme toute œuvre d’art, un tableau, un morceau de musique, c’est bien sur une interprétation. Le réalisateur a imaginé que l’apôtre Thomas – il n’est pas encore apôtre – est le régisseur du repas. C’est lui qui va devoir gérer la pénurie de vin. Intéressant, tandis qu’à l’autre bout de l’évangile, Thomas va avoir besoin de voir pour croire – « tant que je n’aurai pas mis ma main dans la marque des clous, non, je ne croirais pas ». Déjà, au « commencement des signes », il voit l’eau changée en vin… Il en est tout interloqué…

L’évangile de Cana est le « commencement des signes ». Le commencement des signes a lieu à l’occasion d’un mariage.
Lorsque nous entendons le mot « mariage », chacun de nous a une histoire, un rapport, unique avec le mariage. A partir du mariage de ses parents, peut-être du sien… ou de celui de ses proches…
Un mariage est un concentré de la pâte humaine dans ce qu’elle contient de joie mais aussi de tristesse, de réussite et d’échec, de consolation et d’épreuve, d’aspiration et de déception, d’élan et de découragement, de communion et de séparation, de plénitude et d’incomplétude, de sainteté et de péché…
Chaque mariage renvoie chacun de nous à sa propre condition ; à son histoire – être marié ou pas ; avoir désiré l’être ou pas ; l’être toujours ou pas.

Le commencement des signes au lieu lors d’un mariage. Cela n’est pas anodin. Que veut signifier la présence de Jésus en ce lieu ?
Le rappel de l’incroyable souffle – l’incroyable élan que Jésus peut apporter à la pâte humaine, en tout lieu. Non seulement dans la réalité du mariage – mais plus largement dans toute expérience où l’homme est conduit à aimer.
Dans l’Ecriture, les relations entre Dieu et son peuple sont souvent décrite en termes d’épousailles… Ainsi le prophète Isaïe – notre première lecture : « Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu. »
Après la résurrection, cette relation époux – épouse entre Dieu et son peuple, va être attribuée à celle entre le Christ Jésus et son Eglise – en tant que l’Eglise est l’humanité rassemblée par le Christ.

En prodiguant le vin de la joie et de la fête, Jésus révèle qu’il vient épouser l’humanité.
C’est ainsi que Saint Paul écrira aux Ephésiens – passage que nous entendons souvent dans les mariages – « Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle ».

Cela est vrai pour l’Eglise ; cela demeure pour une communauté concrète ; pour une paroisse. Le Christ vient épouser chaque communauté concrète – votre communauté paroissiale.

Mais alors, à quoi cet évangile nous rend attentif aujourd’hui, pour votre paroisse ?

Votre curé, le père Guillaume, m’a demandé de prêcher sur la mission… Dans le prolongement des deux derniers dimanches, où lui-même a prêché sur la communion et la participation.

Communion – participation – mission sont les trois termes du prochain synode des évêques, qui s’ouvrira à Rome en octobre prochain et que tous les diocèses du monde – que toutes les paroisses du monde dans tous les diocèses du monde (!) sont invitées à préparer.
Dimanche prochain – ou plutôt, le 19 mars en raison des circonstances sanitaires – vous avez rendez-vous en assemblée paroissiale pour apporter votre pierre à l’édifice.

Aujourd’hui, quel lien pouvons-nous faire entre la mission et le thème des épousailles… du Christ avec votre communauté ?

Pour répondre à cette question, assez spontanément me sont venus les quatre piliers du mariage – la liberté, la fidélité, l’indissolubilité et la fécondité – et parmi eux, en pensant à la mission, celui de la fécondité. « C’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure » (Jn 15, 16).
Quel témoignage missionnaire une communauté est-elle appelée à apporter au monde ? Un témoignage de fécondité ; un témoignage de vie. Prendre soin de la vie. Permettre à la vie de grandir, de s’épanouir, de se déployer, en toute circonstance, en prenant soin de toute fragilité.

Lorsque je célèbre un mariage, j’aime rappeler aux fiancés que par le sacrement – le signe saint – qu’ils reçoivent, ils vont devenir « appartement témoin » de l’amour de Dieu. Autrement dit, leurs familles, leurs amis, doivent pouvoir dire : « je comprends comment Dieu m’aime » en les regardant s’aimer… et faire grandir la vie, en eux et autour d’eux, par les enfants qu’ils accueillent et leurs engagements, au service des autres.

Une communauté est missionnaire ; elle porte du fruit si les gens s’en approchent et peuvent dire la même chose… : comme le dit le concile Vatican II, l’Eglise est « comme le sacrement » ; comme le signe saint de l’amour de Dieu pour l’humanité et de l’unité des hommes entre eux.
Cette vie appelée à déborder, par le service des frères – des personnes avec des besoins matériels, des personnes malades, des familles endeuillées – par l’enseignement, la formation, par la joie et la beauté du chant, par l’annonce explicite de la foi et le témoignage… demande les talents, la générosité, l’offrande, de chacun, accueillant l’amour de l’époux. Est-il nécessaire de relire les premières lignes de la deuxième lecture… « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous ».

Bien sûr, dans le contexte actuel, avec le rapport de la Ciase, avec, aussi, les difficultés que nous pouvons rencontrer, nous mesurons l’écart entre ce que l’Eglise est appelée à être – débordement de vie – et ce que nous sommes réellement…
C’est bien pour cette raison que sans « l’Esprit », l’amour libre, fidèle, indissoluble du Seigneur qui sans cesse, s’offre à nous pour nous tenir dans notre mission nous ne pouvons rien.

Si nous accueillons l’époux, tout change. « On ne te dira plus : "Délaissée !" À ton pays, nul ne dira : "Désolation !" Toi, tu seras appelée "Ma Préférence" », disait le prophète Isaïe dans la première lecture.

L’Esprit… et la Parole, qui selon la belle expression de Saint Irénée, sont les deux mains du Père.
Notre fécondité – celle de la communauté ne peut être que consécutive de notre disposition à l’écoute la Parole… « faites tout ce qu’il vous dira »… C’est bien le sens d’une démarche synodale : être dans l’attention commune à ce que Dieu nous dit.

Alors, en ces temps de discernement, pour votre communauté concrète, pour l’Eglise, épouse du Christ à tous les échelons, alors que tant de questions se posent pour qu’en son sein, la vie puisse continuer de croître et, il faut le dire, pour combattre toute œuvre de mort, faisons nôtre, comme fondement de notre discernement, l’attention à la Parole.

« Ont-ils tout bu ? » demandait un père de l’Eglise en commentant les noces de Cana. « Ont-ils tout bu ? Non, car nous en buvons encore ! ».

Amen.