Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie de la Toussaint

Avec la fête de la Toussaint, on a tout pour être heureux !
Tout d’abord, on a le bonheur de recevoir la sainteté en cadeau de la part de Dieu. La sainteté n’est pas le fruit d’un effort, l’aboutissement d’un parcours exemplaire, le couronnement de nos mérites. Elle nous est donnée par le Dieu trois fois Saint dont l’identité est de se donner. Nous n’existons pas en dehors du désir de Dieu et notre sainteté d’être humain est dans l’accueil de l’Amour qui nous donne de respirer. Nous sommes chacun et chacune en odeur de sainteté puisque nous appartenons à Dieu. La sainteté n’est pas une catégorie morale ni une vertu. Etre saint ce n’est pas être exemplaire, c’est être voué à Dieu. C’est reconnaître dans l’être que nous sommes avec ses richesses et ses limites dans nos élans de générosité mais aussi au milieu de nos erreurs, de nos errances, de nos péchés, de nos lâchetés que nous sommes des vivants en Dieu. Dieu qui nous fait cadeau de la vie à jamais. Quel bonheur nous avons de nous savoir aimés de Dieu. Tous saints parce que tous enfants, nés de Dieu. Une filiation qui résiste à tous les obstacles que nous trouvons qui perturbent notre recherche du bonheur. Je n’oublie pas que nous associons la fête de la Toussaint au souvenir de nos défunts, souvenir parfois très douloureux. Et puis affirmer que tous les êtres humains sont des saints dans le cœur de Dieu ne vient pas nier toutes les conséquences fâcheuses qu’entraînent des comportements inacceptables. L’attente du bonheur ne peut pas être dans l’oubli des drames qui nous touchent ni dans la négation des situations de violence. L’attente du bonheur ne peut pas être non plus uniquement une projection vers l’avenir dans un monde meilleur. Elle doit se traduire dans une expérience dès maintenant de la communion des saints et c’est là une deuxième raison de croire qu’on a tout pour être heureux. L’amour de Dieu qui est sa sainteté n’est pas confiné au ciel. S’il n’intervient pas pour empêcher la souffrance et la mort, il nous montre en son Fils Jésus devenu l’un de nous, qu’il épouse nos peines comme nos joies, qu’il refuse que le dernier mot soit à la violence, que la sainteté est dans la confiance en une présence qui ne nous abandonne jamais malgré parfois les apparences. La communion des saints est d’abord et avant tout cette présence humaine de Jésus dont le sang de sa vie donnée par amour coule dans les veines de l’humanité. Une humanité dont tous ceux qui nous ont précédés continuent de faire partie et qui vivent en solidarité avec nous qui sommes sur la terre. Que nous prions pour nos morts expriment quelque chose d’une communion mais devrions-nous pas tout autant imaginer que celles et ceux qui nous quittent, eux, pensent encore plus fortement à nous s’ils se retrouvent en connaissance directe de la sainteté de Dieu. Quel bonheur déjà quand nous osons croire en cette présence plus vivace que l’expérience pénible de la séparation, quand nous osons croire en la communion des saints ! Une telle audace est bien sûr à entretenir, à nourrir pour ne pas devenir un mirage et c’est là une troisième raison de penser qu’on a tout pour être heureux.
Accueillir de participer de la sainteté de Dieu c’est choisir d’avancer sur les chemins de la perfection : « soyez parfaits comme votre Père est parfait ». Croire en la communion des saints demande de nous identifier chaque jour un peu plus au portrait de l’Homme Saint qu’est Jésus, portrait que nous dépeignent les Béatitudes de l’Evangile. Avoir un cœur de pauvre, pleurer, la douceur, avoir faim et soif de justice, vivre la miséricorde, la pureté du cœur, bâtir la paix, être persécuté pour la justice. Un message paradoxal qui nous invite à trouver le bonheur y compris dans la pauvreté, les larmes, la persécution. Il ne s’agit pas de se dire que plus nous faisons des sacrifices, plus nous grandirons en sainteté. Dieu n’est pas maso. Il nous encourage par l’exemple de Jésus à nous faire le prochain de tous qui sont ses enfants même ceux qui nous font souffrir. Le bonheur a son secret dans la bonté du cœur, une bonté toute simple, têtue tout autant que discrète, une bonté de tous les jours qui sent bon l’éternité. Une petite bonté donc chacun, chacune est capable. Une petite bonté concrètement décrite par un auteur du siècle dernier : « c’est la bonté d’une vieille qui, sur le bord de la route, donne un morceau de pain à un bagnard qui passe, c’est la bonté d’un soldat qui tend sa gourde à un ennemi blessé, la bonté d’un paysan qui cache dans sa grange un vieillard juif, la bonté de la jeunesse qui a pitié de la vieillesse… ». Un écrit daté que nous pouvons tout à fait actualiser dans le quotidien de nos vies d’aujourd’hui. La recette du bonheur nous l’avons dans le meilleur de notre cœur. Dieu nous fait le cadeau de nous donner un cœur à son image, un cœur disposé pour la communion, un cœur inlassable de bonté. A nous de nous ouvrir tout entier, de nous offrir à ce que nous sommes : Tous Saints.
Regardons-nous nous-mêmes, regardons les autres, tous les autres avec le regard de bonté de Dieu.
Oui, vraiment, nous avons tout pour être heureux.