Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie du dimanche 14 février 2018

« Maître, où demeures-tu ? »
Cette question résonne particulièrement pour les gens de ma génération qui, il y a 20 ans et 5 mois s’apprêtaient à vivre le temps fort des JMJ de Paris 1997 autour du pape Jean-Paul II à Longchamp.
Cette question était le thème de ce grand rassemblement.
Cette question est celle de nombreuses personnes qui se posent la question de Dieu : « où es-tu ? », elle est celle aussi de gens déjà engagés sur le chemin de la foi mais qui se demandent toujours où ils peuvent rencontrer leur Seigneur.
Cette question est la réponse à une autre question, existentielle, posée par Jésus lui-même : « Que cherchez-vous ? ».
Point de départ de toute vie spirituelle, cette question se repose à tous les moments de notre vie. Toi qui es à l’école, au collège, au lycée, en études que cherches-tu ? Toi qui es amoureux, pas encore engagé, qui vis en couple ou qui te poses la question d’une éventuelle vocation particulière ; que cherches-tu ?
Toi qui es célibataire : que cherches-tu ?
Toi qui es marié, père ou mère de famille : que cherches-tu ?
Toi qui as des responsabilités professionnelles, personnelles, syndicales, associatives : que cherches-tu ?
Derrière cette question, se profile celle du sens qui agite beaucoup nos sociétés. Pourquoi faire tel ou tel choix ? Quelle orientation ? Quel style de vie ?
La réponse à cette question, la recherche de sens pour nous chrétiens se trouve dans une question et dans une expérience.
La question, c’est de celle des disciples dans ce passage de l’Evangile qui n’est autre que l’expression de la prière, cette quête de Dieu, ce désir d’être avec celui dont nous cherchons à savoir où il demeure. La prière, c’est pour m’exprimer très familièrement comme une « date » avec celui dont nous connaissons l’adresse.
En effet, il y a un deuxième élément essentiel à notre quête de sens, c’est l’expérience des disciples qui est aussi la nôtre : « ils demeurèrent avec Lui ce jour-là et ils virent où il demeurait. ».
Jean-Paul II en commentant ce verset rappelait les 5 lieux traditionnels dans lesquels nous pouvons connaître, reconnaître, servir et aimer le Dieu fait homme :
1. Les sacrements et au plus haut point l’Eucharistie.
2. La sainte Ecriture où la Parole de Dieu se donne à entendre.
3. La création où son amour créateur et généreux se manifeste pour tous.
4. Mon cœur profond fait pour la rencontre authentique avec Dieu.
5. Tout frère ou sœur humain pour qui Jésus a donné sa vie, spécialement les plus pauvres auxquels Jésus s’est assimilé (Mt 25).
Il se trouve qu’en ce dimanche, journée des migrants et réfugiés, nous sommes particulièrement sensibilisés à ces frères et sœurs humains en situation de grande précarité. Sans attache, déracinés, souvent victimes de réseaux mafieux avec lesquels nos sociétés sont parfois étonnamment indulgentes, victimes du miroir aux alouettes que sont nos films ou séries qui leur vendent un Occident où tout serait facile, de la corruption de leur gouvernement souvent soutenu par les nôtres, du partage du gâteau des ressources premières de leurs pays par des multinationales sans scrupules. Ils sont des frères et sœurs à accueillir, respecter, responsabiliser. Le focus médiatique mis sur eux ne doit pas nous aveugler sur d’autres souffrances que traversent nos concitoyens, en particulier les plus âgés que nous recalons parfois aux périphéries de nos villes, de nos cœurs, de nos mémoires, parfois en nous disant que nous voulons garder un souvenir d’eux.
L’attention de l’Eglise à accueillir ces personnes étrangères représente un défi culturel, religieux, social énorme. Les craintes d’un changement de notre environnement, de nos modes de vie, de notre langue, de notre culture, de notre foi sont bien compréhensibles. Toutes choses égales par ailleurs, la situation ressemble à celle qu’ont vécu des communes comme les nôtres où la population vient majoritairement d’ailleurs et où le cadre de vie a beaucoup changé. Nous avons devant nous un défi qu’il faut aborder sans naïveté dans le dialogue interreligieux par exemple, sans nostalgie mais avec générosité, courage, ténacité et persévérance pour vivre la charité. « Aime ton prochain comme toi-même ». En nous aimant nous-même, notre monde, notre pays, en assurant nos forces et nos faiblesses, en refusant les mauvaises culpabilisations nous serons capables d’accueillir, de promouvoir et d’accompagner ceux qui sont loin de chez eux. « Souviens-toi que Ton Père était un araméen errant » et que « tu as été émigré en Egypte. »