Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie du dimanche 11 février 2018

6ème dimanche du Temps ordinaire – dimanche de la santé

Cet évangile que nous venons d’entendre nous donne encore à voir Jésus avec ses dons de guérison comme déjà la semaine passée. Jésus faisant du bien à des malades, c’est une coïncidence tout à fait heureuse en ce dimanche de la santé que l’Eglise nous invite à célébrer. Et si, plutôt que de revenir aux interventions miraculeuses de Jésus dont nous ne pouvons que nous réjouir, nous nous arrêtions aujourd’hui à l’expérience que nous faisons avec plus ou moins d’accablement pour nous-mêmes personnellement et aussi chez les autres. L’expérience des agressions à la bonne santé, physique, morale, psychique. Il y a toujours une lèpre insidieuse quelque part qui menace notre intégrité et mine notre devenir. Regarder en face les maladies qui nous atteignent et qui blessent aussi les autres mais également ne pas en avoir peur et comprendre que le salut est ailleurs que dans le rejet de notre situation douloureuse, de notre condition précaire. Bien naturellement, nous avons commencé l’année nouvelle en nous offrant nos meilleurs vœux et en précisant « et surtout la santé ». Ne serait-ce pas là un vœu pieux ? à vues humaines, la santé physique de tout être vivant va en se dégradant : le bébé qui vient de naître commence déjà à vieillir. Pourquoi en faire un constat déprimant ? Ne nous porterions-nous pas mieux en accueillant sereinement ce qui est une réalité ? Tenez ! pas plus tard que mercredi dernier, je suis allé rendre visite à un homme qui se sait condamné à brève échéance. Il m’a entretenu de son départ tranquillement sans même chercher à se projeter vers un au-delà auquel il ne croit pas. Je me suis retrouvé à parler naturellement de la mort, de la sienne, de la mienne et, croyez-moi, la conversation que nous avons eue a eu sur moi un effet bien plus encourageant que les promesses de vie immortelle que les progrès de la science font miroiter. Je n’ai pas envie de faire le brave devant vous : intégrer la mortalité dans le paysage de mon existence n’est pas des plus évidents. Et je me pose autant que vous des questions quand je vois les dégâts de la maladie, des souffrances et comment le mal frappe aveuglément et s’acharne sur certains. Mais dîtes-moi une société est-elle vraiment en bonne santé quand elle fait le rêve d’une élimination de la mort en ne tenant pas compte de tous ces êtres humains déjà disparus ? Et ne sommes-nous pas nous-mêmes tentés de vouloir échapper à la finitude, de ne pas passer par la dégradation ? Alors comment se donner ou se redonner le moral ? Comment acquérir en fait une belle et bonne santé si ce n’est en accueillant d’être des êtres fragiles, exposés et en faisant de nos fragilités, de nos maladies, de nos dépendances une ouverture à une vie en relation. Les membres du Service Evangélique des Malades font cette expérience dans les visites qu’ils rendent qu’il y a échange. Ils apportent bien sûr la présence réconfortante d’une communauté qui n’oublie pas ses frères et sœurs malades, handicapés, isolés. Mais aussi ils reçoivent, y compris de ne pas être enfermés, eux-mêmes les visiteurs, dans ce qui les accable de leur côté. S’ouvrir aux malheurs des autres aide à mieux supporter les siens. Les gens qui s’engagent pour les autres puisent dans leur service de quoi n’être pas démoli par leurs propres fragilités. On ne trouve son bonheur, sa santé qu’en se donnant. En fait, il est là le secret de rester optimistes malgré les agressions à la vie que nous connaissons. La maladie la plus insidieuse, la lèpre qui suppure toujours, est celle de ne pas mettre sa confiance dans le principe vital qui circule dans nos veines et dans les veines de tous les êtres créés : la vie n’a de durée éternelle que dans l’amour, amour reçu et donné. Il est bien réel que la maladie la plus violente est celle de ne pas aimer. Mais il est encore plus vrai que Dieu s’est rendu malade d’amour en Jésus au point d’en mourir pour que nous vivions. En ce dimanche de la santé, nous ne pouvons que souhaiter que la maladie d’amour continue de se répandre. Et souhaitons-nous d’être toujours plus contagieux de cette maladie-là. Il y va de notre santé !