Paroisse Carquefou-Suce-sur-Erdre

Homélie du dimanche 18 février 2018

1er Dimanche de carême (B) – Carquefou/Sucé
Dimanche 18 février 2018
Homélie donnée par le Père Benoît BERTRAND

« Cette année encore, je souhaite inviter l’Eglise entière à vivre ce temps de grâce dans la joie et la vérité ». C’est par ces mots que le pape François commence son message pour le carême 2018. Depuis mercredi dernier, mercredi des cendres, le carême se présente, en effet, à nous comme un temps de vérité, de réalisme, un temps de conversion, de réconciliation et de joie.
A vrai dire, le carême est devenu une pratique un peu étrange aux oreilles de nos contemporains mais aussi pour certains chrétiens ! Un temps de carême, c’est quand il fait mauvais temps. Un visage de carême, c’est un visage triste et fermé. Un feu de carême, c’est un feu qui ne réchauffe rien… rien du tout. Je me souviens de cet étudiant. Il avait décroché –comme on dit- de la pratique religieuse. Il s’est planté un jour devant moi et m’a dit stupéfait : « Le carême, les histoires de carambars et tout çà… ». Il se souvenait qu’enfant on lui interdisait de manger de carambars durant le carême ! J’ai tout de suite compris qu’il nous plaignait d’être restés à des pratiques d’un autre temps. Son regard semblait me dire : « Mais vous êtes encore là ! ». A part la mi-carême, c’est vraiment, pour beaucoup, un mauvais moment à passer…
Frères et sœurs mes amis, nous sommes invités à entrer dans le carême avec tout le soin qu’on met à la préparation d’un événement décisif. Permettez-moi alors trois réflexions, elles sont inséparables les unes des autres. Elles veulent orienter, dynamiser votre marche vers Pâques. Elles veulent nourrir notre réflexion à la fois personnelle et communautaire.

Le carême c’est, tout d’abord, un temps pour prendre de la hauteur… un temps pour regarder la trajectoire globale de notre vie. D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Quel chemin emprunter ? Un jour du temps nous avons été créés, « modelés » pour reprendre le mot du livre de la Genèse. Créé libre, doté d’une conscience, d’une intelligence nous avons à choisir. Une voix trompeuse murmure : « Mais non, tu ne mourras pas » alors que Dieu affirme : « Tu es poussière et tu retourneras en poussière ». La mort aurait-elle le dernier mot ? Nous entendons alors ces mots étonnants, ils nous rappellent l’alliance que notre Dieu a scellée avec Noé et ses fils : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, et avec votre descendance après vous ». Cette alliance est indissoluble, indéfectible. Nous sommes, alors, le peuple de l’alliance, le peuple de la longue marche ! 40 jours, 40 nuits pour inscrire, concrètement et dans le temps, cette alliance que Dieu a nouée avec l’humanité, avec chacun et chacune d’entre nous.
Oui, mes amis, le carême est un temps pour prendre de la hauteur, regarder la trajectoire globale de notre vie. Un temps pour nous souvenir, pour nous préparer, pour nous réorienter. 6 semaines pour nous interroger : Seigneur que veux-tu que je fasse ? Une interrogation portée avec cette assurance : nous sommes dans la main de Dieu et sa main est solide ! Oh bien sûr, durant le carême, rien ne s’arrête : ni la vie familiale, ni le travail, ni les soucis, ni l’actualité du monde, ni les relations heureuses ou difficiles…

Mais ce temps si beau et si particulier nous est offert, et c’est ma 2ème réflexion, pour rejoindre notre propre désert. Le carême évoque, vous le savez, les 40 ans passés par le peuple hébreux au désert. 40 années entre l’Egypte opulente et la terre promise. 40, ce sont aussi les 40 jours et 40 nuits de la marche d’Elie jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu. 40 ce sont encore, dans l’Evangile de ce dimanche, les 40 jours passés par Jésus au désert… Un désert devenu synonyme de temps d’épreuve, de tentations, un temps pour apprendre à choisir, à rechoisir d’être fils de Dieu. Voulez-vous des exemples, il y en a mille !
Sans doute, on sait bien que l’homme ne vit pas seulement de pain et que pour satisfaire ses faims, il ne devrait pas y avoir que le confort, les satisfactions égoïstes, le chacun pour soi mais à force de ne plus faire attention à l’air que l’on respire, on s’habitue à trouver normal l’ambiance, la fringale de plaisir, la course à l’avoir, au pouvoir, au moindre effort. Là où Jésus a remporté la victoire… nous, nous avons parfois cessé de lutter !
Sans doute dans cette entreprise, cette école, cet atelier ou ce bureau, il y a des choses à faire pour améliorer l’ambiance ou faire grandir l’amitié mais ai-je raison ? J’en vois tant qui sont sans scrupule que je finis par douter. Là où le Christ a remporté la victoire… nous, nous avons parfois cessé de lutter !
Sans doute, on sait bien qu’il faut honorer son Seigneur, prendre un peu de temps pour écouter, méditer, intérioriser sa Parole … célébrer celui qui est la Vie de notre vie mais nos journées sont tellement pleines, le temps nous manque, le courage aussi parfois pour jeûner. Là, mes amis, où le Christ a remporté la victoire… nous, nous avons parfois cessé de lutter !
Sans doute… mais ! J’arrête-là cette litanie. Chacun y reconnaîtra ses propres tentations, son propre combat entre un « sans doute » et un « mais ». Le carême, c’est bien cela un temps de désert, un temps pour choisir d’être fils de Dieu et réagir contre la tentation et notre tentation la plus forte c’est la démission… la résignation devant ce que nous sommes et devant le monde tel qu’il est.

J’en viens, enfin, à une troisième et dernière réflexion. Jésus nous recommande d’entrer dans le carême comme on entre dans une fête fraternelle : « Quand tu jeûnes, parfumes-toi la tête et lave-toi le visage » dit le Seigneur. Le carême n’est pas triste il nous est donné pour réchauffer notre cœur parfois froid, pessimiste, sombre, marqué par les tentations de l’amertume, de l’isolement, du repli. Dans son message pour le carême, le pape François évoque une image glaçante de l’enfer donnée par Dante. Il imagine le diable assis sur un trône de glace ! La fraternité est là pour réchauffer les cœurs parfois congelés. Cette année, sur votre paroisse durant le carême, le partage de la soupe solidaire, l’invitation à vivre un bol de riz en famille, les initiatives écologiques, les temps d’adoration ou de réconciliation, sont autant de propositions qui veulent servir la fraternité et réchauffer nos cœurs. Comment faire en sorte que la fraternité entre nous devienne vraiment un style de vie ?
Voilà, mes amis, ce que je voulais vous partager. Le carême, un temps pour prendre de la hauteur, un temps pour rejoindre notre propre désert et lutter contre les tentations, le carême, comme un temps de fête fraternelle qui réchauffe les coeurs. A chacun d’entre vous bon et saint carême : volontairement, librement, joyeusement !